La Tombe des lucioles de Akiyuki Nosaka

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~ 4ème de couverture ~

Avant de devenir le célèbre dessin animé de Takahata Isao, La Tombe des lucioles est une oeuvre magnifique et poignante de l’écrivain Nosaka Akiyuki. L’histoire d’un frère et d’une sœur qui s’aiment et vagabondent dans l’enfer des incendies tandis que la guerre fait rage ; une histoire qui est celle que Nosaka vécut lui-même, âgé de quatorze ans, en juin 1945. Mais Nosaka, c’est aussi un style inimitable, une écriture luxuriante que l’on reconnaît d’abord à son brassage de toutes sortes de voix et de langues. Une prose étonnante, ample, longue, qui réussit à concentrer en une seule phrase des couleurs, odeurs et dialogues, secouée de mots d’argot, d’expressions crues, d’images quasi insoutenables, qui trouvent ici une beauté poétique et nouvelle.

~ Mon humble avis ~

La Tombe des lucioles est une nouvelle publiée en 1967 et écrite par Nosaka Akiyuki, une personnalité médiatique importante au Japon et surtout un écrivain reconnu. Comme je ne connais rien à la littérature japonaise, il va sans dire que je n’avais jamais entendu parler de lui ! Cette nouvelle (plus connue pour son adaptation par le studio Ghibli) raconte l’histoire d’un jeune garçon Seita, qui va vivre l’enfer des bombardements américains avec sa petite sœur Setsuko. Il s’agit d’un récit extrêmement poignant, où les deux enfants, dont le père a disparu en mer, et la mère a péri dans un incendie, ne vont devoir que compter sur eux-mêmes pour survivre, dans un monde peuplé de débris, de cadavres, bref : pourri d’inhumanité.

Je n’ai toujours pas regardé le film donc je ne sais pas si on y trouve une version édulcorée de ce récit, en tout cas j’ai très vite compris en débutant ma lecture que l’auteur n’allait pas nous épargner d’aucun détail concernant les horreurs de la guerre. La nouvelle s’ouvre sur Seita agonisant de faim, malade, et dont la vie vient de se clore en quelques mots seulement, comme si son existence n’avait pas d’importance dans ce monde où les enfants périssent par dizaines.
La nouvelle va nous raconter comment cet enfant en est arrivé là, devant cette gare, sans personne pour lui venir en aide. Setsuko et Seita vont être contraints de fuir leur maison envahie par les flammes, et d’abandonner leur mère qui est trop malade pour les suivre. Dès lors Seita va faire preuve d’énormément de courage pour emmener sa petite sœur avec lui, et la rassurer tant bien que mal… De ce périple dans la cité dévastée de Nishinomiya, près de Kôbe, Seita va prendre soin de sa sœur, tenter d’aller de l’avant malgré un environnement hostile. Dans ce grand chaos qu’est devenue leur vie, seul quelques lucioles viennent apporter un peu de lumière dans cette nuit noire. Le pathétique se teinte parfois de réflexions nostalgiques, comme lorsque Seita se rappelle sa vie d’avant, la chance qu’il avait d’en avoir encore une, normale.
Cette nouvelle est extrêmement pesante à lire, tant l’auteur semble vouloir montrer à tout prix les images qui l’ont marqué lorsqu’en 1945 il a dû faire face aux mêmes dangers. Il y a comme une volonté morbide de tout dire, de tout montrer, de faire comprendre la souffrance qu’un tel événement provoque, quitte à exacerber complètement ces atrocités.
On peut se rendre compte en lisant cette nouvelle que la narration et les différentes voix qui la peuplent sont discordantes, la traduction française de Patrick De Vos retranscrit les différents dialectes qu’on trouve dans la version originale par de l’argot, ce qui peut paraître un peu étonnant, mais j’ai cru comprendre qu’il y avait à la base une multiplicité importantes de langues (il y aurait même des mots d’italien et de français glissés çà et là). La Tombe des lucioles, grand/petit livre de la littérature japonaise doit être infiniment plus parlant dans sa langue originale, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette lecture.

Ce livre très court est donc très frappant, mais même si j’ai trouvé l’ensemble très beau, surtout l’amour qui existe entre ce frère et cette sœur, le spectacle de la misère a encore – une fois de plus ! – été trop frontal pour moi, j’aurais peut-être préféré un détour plus poétique. Du reste il s’agit vraiment d’un sentiment tout à fait personnel !

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Bilan du Week-end à 1000 ! ~ Août 2016

Ce week-end j’ai participé à la 15ème édition du Week-end à 1000 organisé par la blogueuse et booktubeuse Lili bouquine. Les règles du challenge sont très simples. Deux horaires : vendredi 19 heures, dimanche minuit. Dans ce laps de temps, il faut avoir lu 1000 pages. Romans, BD… à la guise de chacun ! Un week-end en immersion dans la lecture qui met notre concentration de lecteur/lectrice à l’épreuve. Fastoche pour certains, et très éprouvant pour d’autres. Car chacun à son propre rythme, mais pendant un week-end seulement, tous nous devons carburer à la même vitesse effrénée ! Bref, je me suis mise au défi de réussir le Week-end, et même si j’ai échoué de peu (à minuit je finissais de lire ma 981ème page), je suis fière d’avoir lu autant, moi qui me précipite rarement dans mes lectures. J’ai lu dans le canapé, j’ai lu dans le lit, j’ai lu sur ma serviette de plage, j’ai lu dans la voiture de jour, j’ai lu dans la voiture de nuit avec la lampe torche, j’ai profité de chaque instant de libre.

Voici les trois livres que j’ai lu durant le challenge :

Week-end à 1000 - Août 2016

La guerre des mondes de H. G. Wells :

Ai-je vraiment besoin de présenter La guerre des mondes ? Classé au rang des romans cultes de SF, on peut même aller jusqu’à dire que la science-fiction contemporaine découle de l’imaginaire de H. G. Wells, pionner en ce genre à son époque : le dix-neuvième siècle. Dans cette œuvre fondatrice, l’écrivain met en scène les doutes qui persistent concernant une possible vie sur la planète Mars. Loin d’être une thèse réfutée comme elle l’est aujourd’hui, celle-ci trotte dans les spéculations scientifiques et l’esprit du temps. Alors, lorsqu’un jour des météorites martiennes qui n’en sont en fait pas vraiment atterrissent dans la campagne anglaise, la foule accourt. Au lieu de météorites, d’immenses cylindres mystérieux. À l’intérieur ? Les Martiens. Géants de fer hostiles venus conquérir la Terre. La terreur et la destruction vont régner sur cette partie du globe, renversant le rôle dominant de la civilisation occidentale en victime traquée par d’effroyables monstres puissants.
S’il y a bien une chose qui surprend dans La guerre des mondes, c’est bien cela : l’incroyable dimension visionnaire des grandes capsules de métal hostiles représentant les extraterrestres, la chaleur intense émise par leurs rayons et avec laquelle elles réduisent tout en fumée sur leur passage, la rapidité avec laquelle elles donnent la mort – en réalité d’une violence inouïe. On imagine plus ces bestioles sorties de la tête d’un réalisateur contemporain tel que Spielberg que d’un écrivain de la fin du dix-neuvième, et pourtant… J’ai eu froid dans le dos en lisant certains passages, comme la soudaineté de la première attaque, les innocents tués sur place aussi rapidement que l’éclair, et les habitants qui contemplent, stupéfaits, avant de fuir, le danger que représentent les Martiens. Cependant je regrette qu’il y ait autant de longueurs, qui rendent le récit ennuyant par moments, en plus de la quasi-absence de dialogues qui auraient donné plus de vivacité à l’histoire. Mais la réflexion sur la nature humaine et la domination qu’elle se croit légitime d’exercer sur toutes les espèces inférieures, dans une époque marquée par la colonisation dessine, par un renversement des rôles ironique et cruel, une terrible leçon pour l’humanité.

Quartier lointain, L’intégrale de Jirô Taniguchi :

Fin des années 90 au Japon. Un homme, 48 ans, se rend en gare de Kyôto après sa journée de travail pour retourner chez lui, à Tôkyô. Hasard ou gueule de bois, toujours est-il que cet homme se réveille dans le mauvais train. Pourtant, le paysage qui défile ne lui est pas inconnu. Et pour cause : il se trouve dans le train qui va jusqu’à Kurayoshi, sa ville natale. Arrivé là-bas, ses pas le mèneront tout droit à son ancien quartier, ce quartier lointain enfoui dans sa mémoire… Entre réminiscence proustienne et fantastique, Hiroshi Nakahara va se réveiller plongé dans son passé, avec la possibilité de le revivre et, peut-être, qui sait, d’en changer le cours. Car l’homme qu’il est devenu, qui a développé l’habitude de boire et de s’absenter de la maison familiale, va se retrouver dans sa vie de jeune homme de 14 ans, en 1963. À la fin de l’été de cette année-là, son père a disparu, sans laisser de trace, et sans jamais donner de nouvelles par la suite.
Les dessins de Jirô Taniguchi sont d’une beauté à couper le souffle, les planches sont magnifiques, comme jamais je n’en avais encore vues. Bien qu’il s’agisse de l’histoire d’un enfant qui a grandi au Japon, et qui plus est dans les années 60, soit avec une culture qui diffère dans le temps et dans l’espace avec la mienne, elle arrive à se frayer un chemin dans le cœur du lecteur et à lui faire vivre mille émotions. Hiroshi revit avec une certaine incrédulité la vie qu’il avait alors, lorsque sa famille n’était pas encore dissoute par la fuite de son père, une vie heureuse en somme, qu’il peut savourer à nouveau. Mais il lui est évidemment impossible d’écarter l’inquiétude suscitée par la connaissance des intentions de son père. Hiroshi va tout faire pour essayer de comprendre, avec son expérience d’homme et de père de famille lui aussi, ce qui a pu le motiver à partir. Un parcours initiatique qui lui permet d’explorer l’histoire de ses parents, mais qui surtout, par effet miroir, lui offre une vision éclairée de sa propre existence…
Avec beaucoup de délicatesse et d’espièglerie, Jirô Taniguchi nous offre une expérience de vie. En refermant l’album, vous croyez connaître ce quartier, cette famille, ce lycée, ce prof de maths qui vous fait des remontrances, ces camarades de classe qui vous envient parce que vous sortez avec Tomoko, la plus belle fille du collège, vous avez l’impression d’avoir fait les quatre cent coups avec Daisuké, d’avoir fait des ballades illégales en moto avec le téméraire Masao. J’ai été très émue par cette histoire, à lire et à relire. C’est un album que je recommande à tous. Un coup de cœur.

Fight Club de Chuk Palahniuk :

On ne parle pas du fight club. 😉