Le BGG de Roald Dahl 👂

Le BGG

~ 4ème de couverture ~

« Les hommes de terre ne croient pas vraiment aux géants. Ils pensent que nous n’existons pas. »

Sophie ne rêve pas, cette nuit-là, quand elle est tirée de son lit par un géant ! Heureusement, c’est le Bon Gros Géant, le BGG, qui se nourrit de schnockombres et boit de la frambouille. Mais il existe d’autres géants au pays des géants : des brutes de quinze mètres de haut qui ne raffolent que d’une chose : les hommes de terre. Sophie et son ami le BGG pourront-ils les arrêter ? Espérons-le, sinon vous pourriez bien être le prochain à vous faire gober par un affreux géant.
Le BGG

~ Mon humble avis ~

Sophie est une petite fille qui vit dans un orphelinat. Sa vie prend un tour inattendu lorsqu’une nuit, alors qu’elle veille encore à « l’heure des ombres », elle aperçoit par la fenêtre une forme gigantesque qui arpente les rues endormies. Cette créature, elle s’en rendra vite compte, est un géant. Malgré elle elle sera emmenée jusqu’au pays du géant, un désert rocailleux. Mais ce géant n’est pas aussi méchant que Sophie pouvait le craindre… C’est le BGG : le Bon Gros Géant. Ensemble, ils vont apprendre à se connaître, bien que la communication entre eux d’eux ne soit pas toujours évidente ! Car le BGG a tendance à s’emberlificoter les pinceaux, comme qui dirait. Malheureusement, il est impossible à la petite fille de sortir de la caverne du BGG : au dehors rôdent de vilains géants mangeurs d’hommes de terre ! Le BGG et Sophie vont essayer d’arrêter ces brutes de quinze mètres de haut et ils feront appel à leur courage mais aussi à leur inventivité.

Malgré la frambouille, cette lecture a manqué de pep’s

Autant le dire tout de suite, j’ai eu beaucoup de mal à accrocher à cette lecture que j’ai fait durer plusieurs semaines. Les deux personnages sont très attachants et leur relation est mignonne ; le langage extrêmement confus du BGG est très drôle à lire (du moins, au début) ; leur voyage au pays des géants, la chasse aux rêves avec des filets à papillons, les crépitages causés par la frambouille : tout cela est imaginatif, onirique. Pourtant j’ai trouvé qu’il manquait énormément de folie à cette histoire. De plus une grande partie du roman est seulement constituée de dialogues entre les deux protagonistes ce qui devient, à la fin, un peu lourd à lire. J’attendais des péripéties, des dangers contre lesquels se défendre, des obstacles à surmonter : or j’ai trouvé l’ensemble assez fade et très répétitif.

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Cette fin qui m’a mise mal à l’aise

Sans spoiler, je ne dirais que ceci : à un moment donné, le BGG et Sophie montent un plan ensemble afin de se débarrasser des mauvais géants. Leur idée pour y parvenir est bien farfelue mais après tout, pourquoi pas ! J’avais hâte de voir ce qu’allait donner la reine d’Angleterre dans cette histoire (je ne révèle rien, on sait au début du roman qu’elle fait partie des personnages). Malheureusement j’ai été déçue de voir que tout se déroulait comme prévu, il n’y a aucune surprise, aucune folie, même si une personne réelle – et pas n’importe laquelle, sa Majesté – prend part aux événements. Mais ce qui m’a le plus dérangée outre cette absence d’imprévus, c’est la fin et notamment le sort qu’on réserve aux géants. Étrangement je l’ai trouvé cruelle et malaisante, alors qu’il s’agit de monstres. Je pense que c’est dû au fait que les géants dans cet histoire m’apparaissent avant tout comme des monstres qui nuisent sans s’en rendre compte, ils ont beau avoir des patronymes comme « Avaleur de chair fraîche » ou « Buveur de sang », ils sont mauvais parce que c’est dans leur nature, et c’est comme s’ils n’avaient pas conscience de la cruauté de leurs actes. Du coup, même si leur sort est représenté comme une juste punition, je l’ai trouvé cruel quand même car les personnages semblent se réjouir de les voir souffrir – ce qui fausse, pour moi, totalement la morale que l’on veut transmettre. Bref, je n’ai pas été convaincue par ce dénouement que j’ai trouvé… bizarre.

Le BGG fut donc une lecture faaaaastidieuse. Je n’ai pas été emportée dans l’univers époustouflant qu’a l’habitude de créer Roald Dahl. Sans doute est-ce un sentiment tout à fait personnel, la magie n’a pas fonctionné et puis c’est tout ! (Même si pour moi le roman a quand même ses défauts…)

La maison vide précédé du Dernier problème de Arthur Conan Doyle 🕵️

La maison vide

~ 4ème de couverture ~

Un homme est retrouvé mort d’une balle dans la tête alors qu’il se trouvait dans sa chambre, fermée à clé de l’intérieur. Pour résoudre ce mystère, le docteur Watson pourra compter sur le miraculeux retour à la vie de son acolyte, Sherlock Holmes.

Dans ces deux enquêtes, Sherlock Holmes est au plus haut de son art, pour un affrontement final époustouflant avec son ennemi juré, Moriarty.

Sherlock Holmes

~ Mon humble avis ~

Ce livre m’a été offert à mon anniversaire, et quand j’ai su qu’il rassemblait la – supposée – dernière enquête de Sherlock Holmes et une autre, j’ai trouvé ça bizarre de commencer à lire du Arthur Conan Doyle en commençant par la fin de son héros. Mais finalement j’ai bien apprécié ma lecture et ça ne m’a pas empêchée de vouloir en lire davantage. Dans Le Dernier problème Sherlock Holmes tente le tout pour le tout pour faire arrêter son ennemi juré : Moriarty  – une vraie saloperie soit dit en passant. Cette traque vont mener les deux hommes en Suisse. Je n’en dirais pas plus au risque de spoiler un moment important dans les aventures du célèbre détective.

Un jeu du chat et de la souris

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Sherlock Holmes et son ami Watson partent donc pour ce qui semble être une ultime chasse au Moriarty. Ils redoublent donc de vigilance au vu de la puissance de l’ennemi, lui aussi très intelligent. Rien n’est gagné d’avance et le danger est bien là. J’ai beaucoup aimé ces deux enquêtes qui m’ont donné un aperçu de la façon dont Sherlock est capable de déduire, d’anticiper, de prendre ses précautions et de tendre des pièges en même temps… Ces deux nouvelles sont très courtes mais le suspens est là. J’ai adoré l’écriture de l’auteur, qui est très intelligente et efficace en même temps.

Le Dernier problème et La maison vide sont donc deux nouvelles que j’ai appréciées autant l’une que l’autre, et il n’est pas impossible que je veuille en lire davantage. Pour ce qui est de la figure de Sherlock Holmes en lui-même, j’aimerais beaucoup aussi regarder la série avec Benedict Cumberbatch et le manga qui en a été adapté et qui a l’air incroyable !

SherlockSherlock manga

COUP DE CŒUR. Bilbo Le Hobbit de J. R. R. Tolkien 🗡

Bilbo Le Hobbit

~ 4ème de couverture ~

Bilbo, comme tous les hobbits, est un petit être paisible qui n’aime pas être dérangé quand il est à table. L’aventure lui tombe dessus comme la foudre, quand le magicien Gandalf et treize nains barbus viennent lui parler de trésor, d’expédition périlleuse, et du dragon Smaug… qu’il va affronter. Car Bilbo doit partir avec eux ! Et le plus extraordinaire, c’est que le hobbit affrontera tous les dangers, sans jamais perdre son humour, même s’il tremblera plus d’une fois.

Bilbo

~ Mon humble avis ~

Il y a des livres qui agissent sur nous, même une fois refermés, tant leur lecture nous a marqué : pour moi Bilbo fait partie de ceux-là. J’ai été emportée par le récit riche en aventures extraordinaires de Tolkien, et je me suis tellement attachée au personnage principal, ce petit bout de hobbit nommé Bilbo, beaucoup plus intrépide qu’il n’y paraît… L’histoire se déroule avant celle du Seigneur des Anneaux – que j’ai lu avant, pourtant, mais ça n’a pas été gênant du tout. Bilbo est donc un hobbit qui comme tous les hobbits aime à prendre du bon temps dans son trou de hobbit, enfoui dans une colline de la Comté. Son quotidien est paisible, fait de bons repas, de prélassements au coin du feu avec la pipe… Jusqu’à ce qu’un jour l’aventure vienne sonner à sa porte. Gandalf, un magicien très estimé, l’a choisi pour mener une conquête importante avec des nains qui les conduira jusqu’à la Montagne Solitaire, sous laquelle un dragon, Smaug, garde un trésor enfoui depuis des siècles… Neutraliser le terrible dragon dont toutes les légendes parlent encore, cela fait frémir le hobbit. Pourtant, celui-ci va se révéler un héros de choc dans cette mission à laquelle il va accepter de participer…

Un schéma narratif simple, et pourtant…

Bilbo le Hobbit est un roman dont la construction, a priori, ne révolutionne pas les codes de la fantasy : un héros a été choisi pour mener une quête d’un point A à un point B, mais le chemin est semé d’embûches qu’il devra surmonter afin d’arriver au bout. Pourtant, rien n’arrive machinalement, on s’attend à différentes épreuves et c’est davantage la manière dont Bilbo va réussir à s’en tirer qui nous intéresse plutôt que la nature des épreuves. Même si, là encore, les ennemis que vont rencontrer la bande à Bilbo sont très variés – et quand ce ne sont pas des ennemis en chair et en os, ce sont la faim, la soif et la fatigue. De fait ce livre est vraiment riche en aventures, avec un bon rythme, si bien qu’on ne s’ennuie ja-mais. L’action va beaucoup plus vite qu’à la lecture du Seigneur des Anneaux, qui est d’un style très différent mais tout aussi bon à mon avis. C’est un roman qui conviendrait parfaitement à de jeunes lecteurs, car n’y a pas de passages susceptibles d’être perçus comme des longueurs, et Tolkien a toujours cette petite note d’humour rafraîchissante, qui fait de Bilbo Le Hobbit un récit équilibré entre la gravité (ils courent quand même de grands dangers, ce n’est pas du vent !) et la légèreté qui émane du personnage principal.

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« Smog Vole Autour de la Montagne Solitaire », dessin de J. R. R. Tolkien © Tolkien Estate

400 pages de folles aventures, à vous donner une gueule de bois livresque une fois le livre refermé !

Non, ce titre est à peine exagéré, du moins, quand on vit le livre si fort ! Le talent de Tolkien est tout simplement génial (au sens littéral du mot), cet auteur est un vrai conteur d’histoires pour petits et grands. Des histoires qui vous emmènent dans un autre monde, peuplé de créatures féroces vivant au fin fond de l’obscurité des montagnes, de forêts où habitent des Elfes farouches, des ogres, des loups… J’ai eu l’impression de vivre cette aventure – presque – comme si j’y étais (oui parce que j’étais plutôt en mode « hobbit bien calé sous son plaid avec un bon thé chaud », en train de lire une histoire trépidante) (je pense que j’aurais vraiment vraiment eu les chocottes à la place de Bilbo, plus encore qu’à ma lecture, et surtout ce passage avec les araignées… Oh non, rien que d’y repenser je n’aime pas ça du tout ! ! !).

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De ce livre est née une nouvelle envie livresque

Afin de revivre ce genre d’émotions en lisant, je me suis dit que, puisque ce genre d’histoire me plaisait tant, il serait peut-être temps de me mettre à lire…

DE LA FANTASY !

Bah, oui, quand même, j’attends quoi, en fait ? Je suis sûre que je prendrais mon pied à lire certaines sagas mais, allez savoir pourquoi, je me suis toujours dit que ce genre de bouquins n’était pas fait pour moi.
Je pense m’être trompée.
J’adore quand les livres nous conduisent vers d’autres livres ! Je ne sais pas ce que ma découverte de la fantasy va donner mais il est grand temps que j’arrête d’éviter sans raison (ou parce que j’ai des préjugés) certains genres littéraires.

Bref, Bilbo est un énorme coup de cœur vous l’aurez compris. Un de ces livres que je relirais avec grand plaisir pour revivre des aventures uniques !

~ Ce qu’on peut écouter en lisant Bilbo Le Hobbit ~

Le Crime de l’Orient-Express de Agatha Christie 🚂

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~ 4ème de couverture ~

Par le plus grand des hasards, Hercule Poirot se trouve dans la voiture de l’Orient-Express – ce train de luxe qui traverse l’Europe – où un crime féroce a été commis.
Une des plus difficiles et des plus délicates enquêtes commence pour le fameux détective belge.
Autour de ce cadavre, trop de suspects, trop d’alibis.

~ Mon humble avis ~

Le Crime de l’Orient-Express est le premier roman que je lis d’Agatha Christie – et tant qu’à faire, autant commercer par une valeur sûre ! Dans cette enquête, Hercule Poirot se retrouve coincé dans un train à cause de la neige. Un crime a eu lieu, mais les suspects sont multiples, et les indices incompréhensibles. Pourtant, dans cet énorme casse-tête, le détective belge va démêler le vrai du faux et résoudre l’affaire…

Avec cette découverte de l’auteure, je n’ai pas besoin d’en lire plus pour avoir la confirmation de ce que je savais déjà : Agatha Christie maîtrise vraiment l’art du polar. Les indices arrivent les uns à la suite des autres, et rien n’est jamais laissé au hasard dans les interrogatoires menés par Hercule Poirot. La construction de l’intrigue est vraiment subtile, si bien que je n’aurais jamais pu deviner le dénouement – qui du reste est tout à fait logique. L’écriture d’Agatha Christie n’est jamais pesante, il n’y a pas de longueurs inutiles.

Malheureusement, le roman a beau être très intelligent, il m’a vraiment manqué quelque chose. Il y a quelque chose de mécanique dans ce genre d’enquête qui ne me satisfait pas tout à fait en tant que lectrice. Je me dis que j’aurais tout aussi bien pu regarder une adaptation télévisée, puisqu’il n’y a surtout que des dialogues et peu de narration. Mais bon, ça c’est juste une histoire d’affinités littéraires, je pense que ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, c’est tout.

Le Crime de l’Orient-Express fut donc une agréable lecture, mais qui ne me laissera pas un souvenir marquant.

Le Moine de M. G. Lewis

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~ 4ème de couverture ~

Un seul roman : il n’en faut pas plus à Horace Walpole pour conduire la sensibilité romanesque de son temps sur de nouvelles voies. Le Château d’Otrante (1764) inaugure le genre du récit gothique, où le passé tient le présent à la gorge et où un Moyen Âge angoissant empiète sur les Lumières. La mixité générique de ce livre fondateur, où le sublime coexiste avec le grotesque en vertu d’un hiatus emprunté à Shakespeare, va essaimer pendant près d’un siècle. Les romanciers gothiques anglais tirent parti de la passion la plus invasive et la mieux ancrée dans la psyché : la peur. Macabres et spectaculaires, situées au cœur de demeures hantées ou de souterrains parsemés d’ossements, leurs histoires doivent produire des émotions extrêmes, en premier lieu la terreur et la pitié. Confronté à la noirceur d’âme de « héros » monomaniaques et déviants prêts à briser tous les tabous (inceste, matricide, viol), le lecteur va de frayeur en horreur avant de compatir aux malheurs des victimes – de sexe féminin pour la plupart. En 1796, Le Moine de M. G. Lewis atteint les sommets en matière de sensationnalisme, avec une forte dimension érotique et mortifère qui fit beaucoup pour le succès de ce roman, toujours actif aujourd’hui. En 1818, la jeune Mary Shelley parachève cette tradition en donnant naissance à une créature monstrueuse qui se nourrit des mythes de Prométhée et de Faust. Elle met en discours un concept inouï : l’assemblage, à partir de morceaux de chair morte, d’un être humain, par le docteur Victor Frankenstein, qui fait fi de la sexualité et de la reproduction biologique. Féconde invention…

~ Mon humble avis ~

Le Moine est sans doute le roman gothique le plus connu avec ceux d’Ann Radcliffe. Assez fan de ce qui se fait dans le genre, et curieuse de découvrir ce « chef d’œuvre », je me suis lancée dans ce livre à l’atmosphère plus que jamais gothique, où la perversion atteint son paroxysme, où le paraître cache des psychologies tourmentées autant qu’on peut l’être, où la peur est utilisée comme le moteur principal d’une histoire absolument glauque et transgressive pour la morale et les valeurs de l’époque, comme pour les tabous qui parcourent toute société humaine – civilisée, du moins. Bref, Le Moine a été écrit par le jeune anglais Matthew Gregory Lewis en 1796 et raconte la chute du religieux Ambrosio, un moine madrilène qui provoque l’admiration des foules qui viennent l’écouter chaque jeudi pour son éloquence incroyable et son exemple de vertu parfaite. Mais la vraie personnalité de cet homme va très vite apparaître aux yeux du lecteur, lorsqu’il va découvrir les tentations du désir et les tourments qui succèdent à la transgression.

Même si je savais que le moine Ambrosio serait le protagoniste de l’histoire, j’avoue que j’ai été très déçue en constatant que le roman, dans la première partie, nous faisait apparaître le précipice vers lequel le héros tendait, pour au final nous emmener totalement ailleurs, à travers le récit de don Raymond, un autre personnage. Ce dernier commence à expliquer à son ami pourquoi il n’a pas pu donner de nouvelle à sa bien-aimée, enfermée dans un couvent, et bien décidée à prendre le voile depuis que son mec lui a posé un lapin. Seulement le gars va vraiment replonger dans ses souvenirs et t’emmener bien loin de la temporalité de l’action, et raconter les obstacles qui se sont juchés les uns après les autres entre lui et sa tendre Agnès (c’est comme ça qu’elle s’appelle). Bon, soit, après tout il vit des aventures assez tumultueuses, et qui donneraient la chair de poule à n’importe quel lecteur, mais bon Dieu pourquoi tant de longueur, je sais bien qu’il faut bien créer du suspens mais pour moi son récit est tellement détaillé que j’en ai perdu le fil de l’histoire, d’autant que le tout est assez prévisible.
J’ai été contente de retrouver le moine Ambrosio dans la deuxième partie. Ce personnage qui se cache derrière le masque d’un saint, nous voyons tout de suite, nous, lecteurs, ce qu’il est vraiment. Imaginez 30 ans d’une vie à se construire une telle réputation par pure vanité, imaginez que votre vie n’est qu’une illusion, qu’au fond de vous brûle mille désirs que vous ne calculez même pas… Et là, un beau jour, on vous pousse au vice, sans crier gare… Car c’est bien une belle jeune femme (habilement dissimulée dans l’enceinte du monastère) qui vient vous déclarer son amour et son admiration… Le moine, d’abord très vaniteux, est flatté, et pour le reste : imaginez 30 ans d’abstinence, tout ça pour la gloire de passer pour un saint : la résistance s’avère très compromise ! Inutile de dire que la digue va très vite céder. Alors voilà, j’ai adoré ce personnage de tyran gothique, esclave de ses propres désirs, monstre par ce qu’il est capable de faire subir, c’est un personnage effroyable, inhumain mais qui pourtant n’est pas totalement dénué de remords et de tourments, bref : un héros complexe, à la psychologie très sombre, comme je les aime.
S’il y a bien une chose qui m’attirait dans ce livre, c’est aussi le décor, les cryptes, ces pièges de l’oubli enfouis au fin fond du souterrain sous le cimetière, la mise en scène de M. G. Lewis est très habile pour provoquer la peur pendant que les personnages arpentent à tâtons ces allées funestes plongées dans l’obscurité.
L’amour et la mort sont des thèmes toujours entremêlés dans ce récit, comme si la mort venait toujours se dresser en obstacle à l’amour, à moins que la mort ne fasse partie de l’amour ? En tout cas rien n’est jamais simple et c’est envers de jeunes femmes innocentes, dans la fleur de l’âge, et qui ne connaissent encore rien à l’amour que le moine va se pencher, va nourrir de terribles desseins.
M. G. Lewis met aussi en évidence le danger des superstitions, centrales dans l’intrigue, en montrant tout ce qu’elles peuvent avoir de néfastes sur les hommes, en les conduisant à commettre des actes dignes de la pire barbarie – que ce soit chez les religieux comme chez le peuple. Si le roman a choqué à sa parution, c’est aussi parce que, outre le fait de mettre en scène un moine débauché, aux péchés les plus graves – c’est aussi parce que le catholicisme est parfois violemment pointée du doigt, même si l’auteur reste prudent.
Même si je ne peux pas expliquer pourquoi pour ne pas spoiler, je dois dire que la fin m’a beaucoup surprise mais dans le mauvais sens, j’ai eu l’impression que l’auteur se dédouanait de ce qu’il exprimait dans son roman, qu’il voulait revenir sur sa prise de risque en proposant une fin conventionnelle.

Malgré une atmosphère très sombre, des personnages très complexes et des thèmes très justement abordés, je reste vraiment sur ma faim avec Le Moine. Certes le roman m’a rassasiée en perversion, sadisme et penchants morbides, mais je l’ai trouvé assez bancal dans sa construction et vraiment trop bavard pour être efficace. Je pensais l’adorer mais c’est un fait : je suis déçue, dommage !

(VO) Caleb Williams de William Godwin

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~ 4ème de couverture ~

‘He appears to be persecutor and I the persecuted: is not this difference the mere creature of the imagination?’

Caleb is a guileless young servant who enters the employment of Ferdinando Falkland, a cosmopolitan and benevolent country gentleman. Falkland is subject to fits of unexplained melancholy, and Caleb becomes convinced that he harbours a dark secret. His discovery of the truth leads to false accusations against him, and a vengeful pursuit as suspenseful as any thriller.

The novel is also a powerful political allegory, inspired by the events of the decade following the French Revolution. This new edition reproduces the original novel of 1794, which captures the raw indignation and sense of injustice felt by victims of British law. It includes the startlingly different manuscript ending, and selected variants from the second and third editions reflecting changes in Godwin’s political and philosophical thinking.

~ Mon humble avis ~

Pour lire ce roman, écrit par un homme politique britannique du 18ème siècle, il n’est étonnamment pas nécessaire de connaître la pensée de l’auteur, aussi philosophe. Étant donné qu’il était destiné, idéalement, à un usage populaire, Caleb Williams propose en fait une illustration de la thèse de William Godwin de sorte que tout monde puisse la saisir. Publié en 1794, juste après la Révolution française, on y trouve sans surprise une réflexion qui porte sur la liberté de l’individu dans la société. Représenter la tyrannie qu’incarne le gouvernement, voilà le grand projet de l’auteur. Cela va de pair avec une croyance en une nature humaine bienveillante, harmonieuse, mais qui est vouée à être corrompue lorsqu’elle est régie par autre chose que la raison de l’individu. Dans ce roman, il est question de culpabilité, de poursuite, de persécution, autant de mots qui me donnaient très envie de me plonger dans cette lecture.

Caleb Williams est composé de trois volumes. J’ai trouvé le premier volume trop développé, dans la mesure où il démarre l’histoire avec des personnages qu’on ne retrouvera pas tous par la suite, et qu’on ne reprendra pas l’action au même moment, mais bien des années plus tard. Autrement dit, on s’acclimate à un certain cadre, à une certaine histoire, qui vont se stopper net à la fin du volume, pour recommencer une nouvelle intrigue. Je ne peux pas trop en dire pour ne pas spoiler, mais il est question tout d’abord de Mr. Falkland, un homme honnête, très respecté et a priori respectable, bref, bien tout sous rapport. Malheureusement pour lui, un voisin du même patelin où il habite va lui mener la vie dure, avec moult acharnement, pour la simple et bonne raison qu’il ne peut pas le piffrer, et c’est comme ça, pas de discussion possible avec ce monsieur. Jusqu’au drame. Après une violente rixe entre les deux homme, Tyrrel, le voisin-tyran, est retrouvé assassiné. Falkland clame son innocence, et personne n’oserait mettre en doute sa parole. Mais voilà, dès le volume deux, un nouveau personnage fait son apparition : Caleb Williams. Jeune orphelin, il va travailler en tant que secrétaire auprès de Mr. Falkland. Mais la vive curiosité de Caleb va le pousser à vouloir percer le secret qui semble hanter Mr. Falkland… Tel le conte de Barbe-bleue, dont Godwin dit s’être inspiré, l’insatiable curiosité de Caleb va lui faire franchir les limites de l’interdit, à ses risques et périls… Le deuxième volume m’a tout de suite mise dans le bain, j’étais prise par l’investigation du jeune Caleb, comme lui, je voulais en savoir plus, je voulais connaître le fin mot de l’histoire. Le changement de Falkland par rapport au début du roman est stupéfiant. Comme si la tyrannie du défunt Tyrrel avait contaminé cet homme, le jeune orphelin va devoir faire face à quelqu’un qui n’a plus aucune limite pour l’exercice de son pouvoir… Car tout le roman propose une représentation de l’abus de pouvoir, et son préjudice sur les individus. Caleb Williams va devenir la victime d’une machine infernale qui veut le détruire. Le gouvernement va se métamorphoser en une ribambelle d’individus tous plus cruels les uns que les autres. Comment s’en sortir quand le monde entier est contre vous ? C’est la situation dans laquelle se retrouve pourtant le héros, qui doit lutter pour sa liberté, sa dignité, mais aussi sa vie – dans une société où l’on vous sigouille sans faire trop d’histoires.
Pour un roman, il n’y a que très peu de descriptions, l’introspection prévaut. Le lecteur connaît toutes les pensées de Caleb : face à un nouveau danger, celui-ci va d’abord réfléchir sur la manière dont il va pouvoir le dépasser, puis il va mettre son projet à exécution. Ce schéma est extrêmement répétitif. Les sempiternelles lamentations du héros sur son sort peuvent aussi être agaçantes, même s’il a matière à se plaindre…
Quant à l’aspect philosophique dont il est question dans ce roman, je ne le trouve pas très renversant. Godwin représente un gouvernement tyrannique, oppressif, sanguinaire, aveugle. Je m’attendais à un système puissant très malin dans l’exercice de son pouvoir, mais il est surtout très acharné. C’est une illustration assez schématique de l’opposition « le gouvernement est nocif à l’individu » / « l’individu est la victime du gouvernement qui veut le corrompre ». On est tout de même sur plus de 300 pages ! Autrement dit 300 pages d’injustice révoltantes qui ne promettent pas une lecture très reposante…

Caleb Williams a donc été une lecture intéressante, mais sans plus. C’est une illustration assez laborieuse de la thèse de l’auteur, à ne pas mettre entre toutes les mains vu les longueurs du récit et son schéma répétitif. Il a fallu s’accrocher (en plus je l’ai lu en VO). La fin cependant a relevé la saveur de cette histoire, c’était pour moi un dénouement auquel je ne m’attendais pas, donc j’ai apprécié que l’auteur casse la structure de son histoire et propose une réflexion intelligente sur la rédemption et la vengeance.

Le Château d’Otrante de Horace Walpole

~ 4ème de couverture ~le-chateau-dotrante

Un seul roman : il n’en faut pas plus à Horace Walpole pour conduire la sensibilité romanesque de son temps sur de nouvelles voies. Le Château d’Otrante (1764) inaugure le genre du récit gothique, où le passé tient le présent à la gorge et où un Moyen Âge angoissant empiète sur les Lumières. La mixité générique de ce livre fondateur, où le sublime coexiste avec le grotesque en vertu d’un hiatus emprunté à Shakespeare, va essaimer pendant près d’un siècle. Les romanciers gothiques anglais tirent parti de la passion la plus invasive et la mieux ancrée dans la psyché : la peur. Macabres et spectaculaires, situées au cœur de demeures hantées ou de souterrains parsemés d’ossements, leurs histoires doivent produire des émotions extrêmes, en premier lieu la terreur et la pitié. Confronté à la noirceur d’âme de « héros » monomaniaques et déviants prêts à briser tous les tabous (inceste, matricide, viol), le lecteur va de frayeur en horreur avant de compatir aux malheurs des victimes – de sexe féminin pour la plupart. En 1796, Le Moine de M. G. Lewis atteint les sommets en matière de sensationnalisme, avec une forte dimension érotique et mortifère qui fit beaucoup pour le succès de ce roman, toujours actif aujourd’hui. En 1818, la jeune Mary Shelley parachève cette tradition en donnant naissance à une créature monstrueuse qui se nourrit des mythes de Prométhée et de Faust. Elle met en discours un concept inouï : l’assemblage, à partir de morceaux de chair morte, d’un être humain, par le docteur Victor Frankenstein, qui fait fi de la sexualité et de la reproduction biologique. Féconde invention…

~ Mon humble avis ~

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Horace Walpole

Pour Halloween je me suis plongée avec délectation dans l’histoire gothique de Horace Walpole : Le Château d’Otrante. Publié anonymement en 1764, ce court roman seulement composé de cinq chapitres, fait partie de ce mouvement littéraire très vaste qu’est le roman noir ou roman gothique. Et pour cause ! Ce petit roman est en fait considéré comme le premier du genre, la matrice qui donnera naissance à ces œuvres d’une inquiétante étrangeté, de M. G. Lewis en passant par Ann Radcliffe, sans oublier Mary Shelley et son célèbre Frankenstein. Le Château d’Otrante raconte l’histoire d’une famille et de sa destinée tragique. Manfred, prince d’Otrante dans l’Italie du Moyen-Âge, veut à tout prix assurer sa descendance. Mais son seul fils, Conrad, pour lequel il avait contracté une alliance avec la fille du marquis de Vicence, est très malade, et il meurt dans des circonstances particulièrement bizarres et inquiétantes juste avant la cérémonie du mariage. En effet, il est retrouvé complètement écrasé dans la cour du château, sous un immense heaume de marbre, tombé du ciel. D’une originalité fondatrice et féconde, Le Château d’Otrante est un roman extrêmement riche et innovant du point de vue littéraire, tout en étant peuplé d’images et de bruits à vous faire frissonner !

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Strawberry Hill, le château de Horace Walpole dont il s’est inspiré pour le château fictif d’Otrante © A. F. Kersting

Tout d’abord, il faut préciser que si Horace Walpole a beaucoup innové en matière d’écriture, la sienne n’en reste pas moins très liée avec l’écriture dramaturgique. Nous sommes au XVIIème siècle, et la création artistique est fortement influencée par les règles du théâtre classique ! Même s’il s’agit bien d’un roman, difficile de ne pas se rendre compte que sa structure ressemble beaucoup à celle d’une pièce de théâtre. Je trouve cela dommage dans la mesure où elle resserre l’intrigue, ne gardant que les éléments qui vont la faire avancer, or je n’aurais pas été contre quelques descriptions sur les décors du château et de la forêt environnante, propices à de sombres rêveries… La terreur émane tout de même à travers les souterrains opaques d’obscurité dans lequel s’enfonce Isabella, la promise de Conrad, où encore lorsque le beau héros Théodore se lance à la poursuite d’un mystérieux fugitif dans une grotte réputée pour être peuplée d’esprit malins. Le château quant à lui, bien que peu détaillé, est un personnage à lui seul, tant il enferme entre ses créneaux les personnages, réduits à affronter l’horreur que porte en elle toute leur destinée.
S’il y a bien par contre une chose qui peut faire fuir le lecteur, c’est l’écrasante omniprésence du dialogue. Un critique s’étant amusé à le mesurer, il a trouvé qu’il comprenait 80 à 85 % du roman ! Encore une conséquence du modèle qu’est le théâtre ; ainsi, la narration est surtout là pour donner des indications « scéniques », quand elle ne sert pas à présenter au lecteur de manière frontale de stupéfiantes apparitions…
Enfin, les personnages correspondent à des « types » : on y trouve le héros traditionnel romanesque, beau et courageux, la confidente drôle à force de maladresses… En revanche, Manfred, bien qu’impulsif et autoritaire (qui annonce la figure du tyran gothique à venir) n’est pas totalement mauvais, car il ressent à l’occasion une once de pitié, s’attendrit devant le spectacle de la douleur d’autrui – même s’il est tout de même un gros monomaniaque de la condamnation à mort, telle la Reine de Lewis Carroll.

Prêt à tout pour prolonger sa lignée, le prince ne recule devant rien. Il cache à sa famille une étrange prophétie. Car, selon cette dernière, le château échappera à cette famille régnante sitôt que son propriétaire sera devenu trop grand pour l’habiter… S’évertuant par tous les moyens – même les moins recommandables – de déjouer cette prophétie, Manfred ne fera que s’exposer aux pires dangers, en entraînant les siens dans cette folie macabre. J’ai beaucoup aimé le fait que l’auteur prenne ses distances avec l’impératif de vraisemblance en osant créer une œuvre qui associe histoire dynastique et manifestations surnaturelles. Il y a des rumeurs et des apparitions qui font froid dans le dos, et même le lecteur d’aujourd’hui, tout habitué qu’il est au fantastique, saura y trouver son compte, car l’étrangeté toute particulière qui s’en dégage et le caractère malsain en sous-texte dans le livre le rendent vraiment unique en son genre… Que ce soit dans les images ou dans les bruits qui peuplent ce drôle de château, Horace Walpole apparaît d’ores et déjà comme un maître dans le traitement de la terreur. Et, même si les dialogues très imposants m’ont un peu gênée, l’auteur a su insuffler un dynamisme à son récit avec une distribution très ponctuelle de péripéties venant sans cesse relancer l’intrigue, quand les conversations et les nombreuses disputes auraient tendance à agacer le lecteur. Cependant, certains dialogues sont vraiment utiles pour créer un effet d’attente. De plus, c’est grâce à eux que l’œuvre atteint encore un autre niveau dans l’originalité : car certains échanges sont vraiment comiques, ce qui est complètement inattendu dans un tel roman, j’ai vraiment été surprise ! Les domestiques sont vraiment gauches et trouillard, et leur présence fait tache dans cette histoire où tout semble s’accorder avec la plus parfaite tragédie. L’auteur mélange volontairement le noble et le trivial, ce qui augmente encore plus la confusion du lecteur qui ne sait pas dans quel château de fous il est tombé !

Ainsi Le Château d’Otrante et une lecture courte mais intense en émotions : je vous le garantis. Une ambiance macabre à renfort d’apparitions bien glauques bouscule la rationalité des personnages, et l’obstination du prince Manfred à se ruer vers la catastrophe saura faire tenir le lecteur en haleine, jusqu’à la fin fatale. J’ai adoré ce livre même si son aspect trop théâtral m’a semblé dommage dans la mesure où il le réduit dans le temps et dans l’espace. En tout cas, l’originalité du parti pris de la mixité générique et surtout l’innovation de l’auteur m’ont vraiment séduite.

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