COUP DE CŒUR. Siddhartha de Hermann Hesse 🍃

Siddhartha

~ 4ème de couverture ~

Un jour vient où l’enseignement traditionnel donné aux brahmanes ne suffit plus au jeune Siddhartha. Quand des ascètes samanas passent dans la ville, il les suit, se familiarise avec toutes leurs pratiques mais n’arrive pas à trouver la paix de l’âme recherchée. Puis c’est la rencontre avec Gotama, le Bouddha. Tout en reconnaissant sa doctrine sublime, il ne peut l’accepter et commence une autre vie auprès de la belle Kamala et du marchand Kamaswani. Les richesses qu’il acquiert font de lui un homme neuf, matérialiste, dont le personnage finit par lui déplaire.
Il s’en va à travers la forêt, au bord du fleuve. C’est là que s’accomplit l’ultime phase du cycle de son évolution. Dans le cadre d’une Inde recréée à merveille, écrit dans un style d’une rare maîtrise, Siddhartha, roman d’une initiation, est un des plus grands de Hermann Hesse, prix Nobel de littérature.

~ Mon humble avis ~

Le roman de Hermann Hesse Siddhartha raconte le destin d’un jeune brahmane portant le même nom que le fondateur du bouddhisme : Siddhartha Gautama. Mais il s’agit d’un personnage tout autre, et qui à bien des égards a lui aussi l’étoffe d’un chef spirituel. Nous suivons dans ce livre sa quête initiatique vers une forme d’apaisement de l’âme. Car pour ce jeune garçon prodige, brillant et apprécié de tous, la suite logique qui l’attend dans son éducation brahmanique n’est pas suffisante. Siddharta aura une longue route à faire, et une existence remplie d’expériences diverses, avant d’enfin trouver si ce n’est la clé du bonheur, du moins la façon d’apprécier la vie autant que faire ce peut.

Hermann Hesse

Hermann Hesse

Siddhartha est un roman magnifiquement méditatif, dont l’écriture, simple, d’une maîtrise impressionnante, sait se servir des mots justes, sans aucun superflu. On pourrait craindre un style trop ampoulé pour donner un côté contemplatif et profond, ou des descriptions languissantes afin de créer un cadre oriental (l’histoire se passe en Inde). Mais non, Hermann Hesse nous fait le plaisir de soigner son récit en y incorporant juste ce qu’il faut : la nature est omniprésente sans être étouffante, et l’écriture captivante, on en savoure les mots comme de précieux trésors pleins de sens.
Siddhartha est un personnage profondément en souffrance tant il ressent en lui ce sentiment d’absurdité généralisée. Sa quête commence le jour où il commence à douter de l’autorité qu’exerce sur lui l’éducation brahmanique :

« Ils savaient tout ces brahmanes et leurs livres sacrés, tout ; ils s’étaient occupés de tout et du reste : de la création du monde, des origines du langage […] – ils savaient une infinité de choses – mais que valait tout ce savoir, quand on ignore la seule chose qui importe le plus au monde ? »

Dès lors, assailli de réflexions spirituelles, Siddharta va mener une existence particulière : tantôt à l’écart du monde, tantôt avec lui et tous les dangers et les vices qu’il abrite. J’ai suivi ses pas sur cette route difficile avec beaucoup de curiosité ! Comment ne pas s’intéresser à ce jeune homme/errant/marchand/amant/vieillard, qui se perd dans la vie comme dans les méandres d’un labyrinthe ? Cette quête, chaque lecteur peut et doit se l’approprier, à sa façon. Qui suis-je ? Où vais-je ? Puis-je trouver un sens à ma vie en me débarrassant de toute doctrine ? Chacun a-t-il sa propre voie ? Faut-il accepter de connaître des défauts humains pour mieux les comprendre et s’en affranchir ? Autant de questionnements à travers lesquels l’âme de Siddhartha se tourmente, jusqu’à la révélation finale.

« J’ai appris à mes propres dépens qu’il me fallait pécher par luxure, par cupidité, par vanité, qu’il me fallait passer par le plus honteux des désespoirs pour refréner mes aspirations et mes passions, pour aimer le monde, pour ne pas le confondre avec ce monde imaginaire désiré par moi et auquel je me comparais, ni avec le genre de perfection que mon esprit se représentait ; j’ai appris à le prendre tel qu’il est, à l’aimer et à en faire partie »

Coup de cœur pour ce roman percutant qui a profondément résonné en moi et m’a apporté de belles réflexions basées sur l’amour, l’humilité et l’appartenance au monde. Je n’en attendais pas tant et je suis donc réellement conquise par ce destin d’une incroyable beauté.

« […] l’Amour, ô Govinda, doit tout dominer. Analyser le monde, l’expliquer, le mépriser, cela peut être l’affaire de grands penseurs. Mais pour moi il n’y a qu’une chose qui importe, c’est de pouvoir l’aimer […] de pouvoir unir dans mon amour, dans mon admiration et dans mon respect tous les êtres de la terre sans m’en exclure. »