Walking Dead, Tome 13 : Point de non-retour de Robert Kirkman et Charlie Adlard

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  ~ 4ème de couverture ~

Enfin arrivés aux portes de Washington, Rick et ses compagnons intègrent une communauté de survivants, visiblement épargnés par le fléau qui ravage l’humanité depuis un an maintenant. Ici, pas d’apparition de zombies. Mais ce retour au calme et à une vie presque normale ne se fait pas sans heurts. Bien au contraire, il révélera au grand jour les difficultés d’adaptation de chacun.

Œuvre fondatrice du genre en bande dessinée, Walking Dead s’impose par sa qualité d’écriture et son attention portée aux relations entre les personnages de cette incroyable aventure humaine. En effet, au-delà des scènes où apparaît la menace des morts-vivants, les auteurs nous entraînent dans un récit où la survie est l’affaire de tous les instants, et où la moindre erreur peut s’avérer fatale…

~ Mon humble avis ~

Rick et toute la bande ont été intégrés à la communauté d’Alexandria. C’est l’occasion de faire connaissance avec de nouveaux personnages avec lesquels tout ne va pas forcément bien se passer. Rick, à qui on a confié le job de policier, doit régler les litiges entre les gens de cette ville aux allures paisibles. Mais lui n’est pas dupe et va très vite se rendre compte de l’attitude étrange de certains d’entre eux…

Vivre une vie normale : c’est ce à quoi prétendent les habitants d’Alexandria. Dans ce lot de familles bien installées, le groupe de Rick détonne légèrement. Pour eux en effet, il n’y a rien de plus enviable que de reprendre une routine paisible à l’abri des dangers extérieurs. Mais quand on a vécu tout ce qu’ils ont vécu, il faut croire qu’on n’en ressort pas indemne… Rick est à fleur de peau et va malheureusement trouver une occasion d’exprimer toute sa colère… Ce tome pose les problèmes de cohabitation que nos compagnons vont devoir affronter. Tout se complique quand Rick va refuser de fermer les yeux pour maintenir le calme dans la ville, soulevant par son comportement des questionnements quant à son gouvernement. Qui, des survivants qui ont affronté le monde extérieur, ou des survivants d’Alexandria qui sont maintenus dans l’ignorance de ce qui se passe derrière les murs, sont à même de diriger la cité et de répondre aux besoins de la population ? de la garder en sécurité ?

Autant de questions qui font de ce choc entre deux catégories de survivants un tome très intéressant. J’ai beaucoup aimé cette lecture, même si je ne m’attendais pas à ce qu’un autre « danger extérieur » resurgisse aussi vite dans l’histoire. À suivre donc…

Walkind Dead, Tome 12 : Un monde parfait de Robert Kirkman et Charlie Adlard

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~ 4ème de couverture ~

Washington enfin ! Le voyage aura été long, semé d’embûches et de drames. Avant la conclusion de ce périple, l’un des compagnons de Rick se révélera être autre chose que celui qu’il prétendait être. Une fois la colère passée, l’espoir renaît néanmoins avec l’apparition providentielle d’une communauté visiblement épargnée par le fléau qui ravagea l’humanité voici un an déjà. Une étape décisive !

Œuvre fondatrice du genre en bande dessinée, Walking Dead s’impose par sa qualité d’écriture et son attention portée aux relations entre les personnages de cette incroyable aventure humaine. En effet, au-delà des scènes où apparaît la menace des morts-vivants, les auteurs nous entraînent dans un récit où la survie est l’affaire de tous les instants, et où la moindre erreur peut s’avérer fatale…

~ Mon humble avis  ~

Alors que Rick et sa bande ont évité une fois de plus des tarés psychopathes éminemment dangereux, il semblerait bien que la chance leur sourit enfin… Un homme vient à leur rencontre et leur fait une proposition qui semble bien trop belle pour être vraie : en échange de leur savoir-faire, ceux-ci sont invités à rejoindre la communauté autosuffisante d’Alexandria (le Paradis pour nos amis les baroudeurs de la forêt). Sans savoir si cette histoire est du flan, ils vont quand même aller y jeter un œil…

Ce tome n’a pas été riche en surprise puisque j’ai déjà vu la série, mais j’ai comme d’habitude apprécié retrouver les personnages, et comme il y a toujours des ressemblances et des différences, on y trouve toujours son compte ! Dans ce tome, le groupe de Rick est soudé, ils savent ce qu’ils veulent et ils n’hésitent pas à prendre des risques pour ça. Ils pourraient très bien se contenter de prendre le bonheur qu’on leur tend sans veiller sur leur garde : mais comme ils ont un lourd passif derrière eux qui leur dit de ne pas faire confiance au premier qui se pointe aussi gentil soit-il, ils ont plutôt tendance à se méfier.

J’ai adoré retrouver ce groupe confronté à une nouvelle situation, c’était donc une très bonne lecture !

La Tombe des lucioles de Akiyuki Nosaka

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~ 4ème de couverture ~

Avant de devenir le célèbre dessin animé de Takahata Isao, La Tombe des lucioles est une oeuvre magnifique et poignante de l’écrivain Nosaka Akiyuki. L’histoire d’un frère et d’une sœur qui s’aiment et vagabondent dans l’enfer des incendies tandis que la guerre fait rage ; une histoire qui est celle que Nosaka vécut lui-même, âgé de quatorze ans, en juin 1945. Mais Nosaka, c’est aussi un style inimitable, une écriture luxuriante que l’on reconnaît d’abord à son brassage de toutes sortes de voix et de langues. Une prose étonnante, ample, longue, qui réussit à concentrer en une seule phrase des couleurs, odeurs et dialogues, secouée de mots d’argot, d’expressions crues, d’images quasi insoutenables, qui trouvent ici une beauté poétique et nouvelle.

~ Mon humble avis ~

La Tombe des lucioles est une nouvelle publiée en 1967 et écrite par Nosaka Akiyuki, une personnalité médiatique importante au Japon et surtout un écrivain reconnu. Comme je ne connais rien à la littérature japonaise, il va sans dire que je n’avais jamais entendu parler de lui ! Cette nouvelle (plus connue pour son adaptation par le studio Ghibli) raconte l’histoire d’un jeune garçon Seita, qui va vivre l’enfer des bombardements américains avec sa petite sœur Setsuko. Il s’agit d’un récit extrêmement poignant, où les deux enfants, dont le père a disparu en mer, et la mère a péri dans un incendie, ne vont devoir que compter sur eux-mêmes pour survivre, dans un monde peuplé de débris, de cadavres, bref : pourri d’inhumanité.

Je n’ai toujours pas regardé le film donc je ne sais pas si on y trouve une version édulcorée de ce récit, en tout cas j’ai très vite compris en débutant ma lecture que l’auteur n’allait pas nous épargner d’aucun détail concernant les horreurs de la guerre. La nouvelle s’ouvre sur Seita agonisant de faim, malade, et dont la vie vient de se clore en quelques mots seulement, comme si son existence n’avait pas d’importance dans ce monde où les enfants périssent par dizaines.
La nouvelle va nous raconter comment cet enfant en est arrivé là, devant cette gare, sans personne pour lui venir en aide. Setsuko et Seita vont être contraints de fuir leur maison envahie par les flammes, et d’abandonner leur mère qui est trop malade pour les suivre. Dès lors Seita va faire preuve d’énormément de courage pour emmener sa petite sœur avec lui, et la rassurer tant bien que mal… De ce périple dans la cité dévastée de Nishinomiya, près de Kôbe, Seita va prendre soin de sa sœur, tenter d’aller de l’avant malgré un environnement hostile. Dans ce grand chaos qu’est devenue leur vie, seul quelques lucioles viennent apporter un peu de lumière dans cette nuit noire. Le pathétique se teinte parfois de réflexions nostalgiques, comme lorsque Seita se rappelle sa vie d’avant, la chance qu’il avait d’en avoir encore une, normale.
Cette nouvelle est extrêmement pesante à lire, tant l’auteur semble vouloir montrer à tout prix les images qui l’ont marqué lorsqu’en 1945 il a dû faire face aux mêmes dangers. Il y a comme une volonté morbide de tout dire, de tout montrer, de faire comprendre la souffrance qu’un tel événement provoque, quitte à exacerber complètement ces atrocités.
On peut se rendre compte en lisant cette nouvelle que la narration et les différentes voix qui la peuplent sont discordantes, la traduction française de Patrick De Vos retranscrit les différents dialectes qu’on trouve dans la version originale par de l’argot, ce qui peut paraître un peu étonnant, mais j’ai cru comprendre qu’il y avait à la base une multiplicité importantes de langues (il y aurait même des mots d’italien et de français glissés çà et là). La Tombe des lucioles, grand/petit livre de la littérature japonaise doit être infiniment plus parlant dans sa langue originale, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette lecture.

Ce livre très court est donc très frappant, mais même si j’ai trouvé l’ensemble très beau, surtout l’amour qui existe entre ce frère et cette sœur, le spectacle de la misère a encore – une fois de plus ! – été trop frontal pour moi, j’aurais peut-être préféré un détour plus poétique. Du reste il s’agit vraiment d’un sentiment tout à fait personnel !

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Repose-toi sur moi de Serge Joncour

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~ 4ème de couverture  ~

Aurore est styliste et mère de famille. Ludovic est un ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils partagent la cour de leur immeuble parisien et se rencontrent car des corbeaux s’y sont installés. Leurs divergences pour régler ce problème les mènent à l’affrontement mais ils finissent par apprendre à se connaître.

~ Mon humble avis ~

Ce week-end je ne savais pas trop quoi lire, et puis j’ai recroisé ce livre, Repose-toi sur moi, dont j’aime beaucoup le titre, et comme en plus il a reçu le prix Interallié en 2016 et a été élu meilleur roman français par Lire, et qu’en plus je n’avais jamais lu du Serge Joncour, je me suis dit : allons-y ! Ce roman raconte la rencontre improbable entre deux voisins d’un même immeuble parisien que tout oppose. Aurore est une styliste qui enchaîne les coups durs à son boulot depuis qu’elle soupçonne son associé de faire capoter la boîte ; Ludovic, lui, a quitté sa vie d’agriculteur dans la ferme familiale depuis le décès de sa femme pour se reconvertir dans le recouvrement de dettes – un métier qui le met à l’épreuve chaque jour. Un automne, des corbeaux vont élire domicile dans l’arbre de la cour. Aurore en est terrifiée. Quand Ludovic vient à sa rescousse, il lui semble qu’il est le seul qui la comprenne vraiment…

La quatrième de couverture me tentait énormément, je m’attendais à un choc des cultures entre deux personnes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, une romance un peu loufoque qui part d’une simple histoire de piafs. J’ai d’abord trouvé le début assez plat : le narrateur nous plonge dans les problèmes quotidiens des deux personnages, qui ne se connaissent pas encore. J’ai trouvé le personnage de Ludovic attachant, lui qui doit sonner tous les jours à la porte de gens pour leur réclamer de l’argent, ne pouvant anticiper à l’avance leur réaction. En revanche la vie d’Aurore, qui a un mari, deux enfants, et un appartement à deux millions d’euros, j’ai eu un peu plus de mal à la plaindre, ses robes qui n’ont pas été tissées correctement à l’usine, son associé très distant, et son mari très pris au travail, comme problèmes je les ai trouvés communs et assez futiles.
Je ne comprenais pas comment une romance pouvait voir le jour dans cette histoire, puisque Aurore et Ludovic, en plus de ne rien savoir l’un de l’autre, se méfient l’un de l’autre, leurs premiers contacts sont plutôt glacials, et Aurore se comporte vraiment comme une petite bourgeoise condescendante.
Et, alors qu’on ne voit rien venir, ces deux inconnus vont très vite se pécho, dans des circonstances plutôt étranges, dans le genre pas du tout romantique où tu as l’impression que la nana est soit 1) vraiment en manque de tendresse 2) a eu un coup de foudre subit pour ce péquenaud de voisin qui ne l’attirait pourtant pas du tout. Au lieu de trouver ça audacieux comme rapprochement, j’ai trouvé ça complètement WTF et aussitôt j’ai commencé à nourrir une haine définitive pour le personnage d’Aurore (qui batifole dans les buissons de la cour pendant que ses enfants et son mari l’attendent patiemment là-haut). Parce que oui, jusqu’ici je n’avais pas réalisé qu’on nous raconterait comment une femme trompe gentiment son mari avec le voisin d’en face, et, étonnement, ça ne m’a pas beaucoup plu comme histoire…
Si encore cette romance avait l’air sincère, comme une sorte d’évidence qui lierait les deux personnages, mais non, Aurore et Ludovic semblent se tomber dans les bras parce qu’il n’y a personne autour d’eux pour comprendre le terrible calvaire de leur existence (« Oh là là j’ai 300 robes à faire retoucher, que ma vie de riche entrepreneuse est horrible ! »), leurs problèmes de boulot. C’est donc ça la solution pour remettre les choses dans l’ordre : coucher avec le premier venu et voir ce qui peut naître de cette relation ? Pour moi cette histoire ne fait pas sens du tout.
Pour couronner le tout, j’ai trouvé le roman bourré de clichés, de considérations très attendues sur l’amour, l’autre, le doute que la relation perdure, bref, tout ce qu’on peut trouver dans une romance basique – j’imagine, parce que c’est pas vraiment le genre de bouquins qui m’intéresse.

Repose-toi sur moi m’a donc mise très en rogne en plus de me décevoir sur le style de l’écriture. Je n’ai rien apprécié dans ce livre et même si je peux comprendre qu’on l’apprécie en tant que romance agréable à lire, je ne comprends pas son succès. Parce que dans le genre « rencontre entre des personnages différents et un peu cabossés par la vie » je préfère largement un roman d’Anna Gavalda…

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Serge Joncour © Mollona / Leemage

Le Moine de M. G. Lewis

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~ 4ème de couverture ~

Un seul roman : il n’en faut pas plus à Horace Walpole pour conduire la sensibilité romanesque de son temps sur de nouvelles voies. Le Château d’Otrante (1764) inaugure le genre du récit gothique, où le passé tient le présent à la gorge et où un Moyen Âge angoissant empiète sur les Lumières. La mixité générique de ce livre fondateur, où le sublime coexiste avec le grotesque en vertu d’un hiatus emprunté à Shakespeare, va essaimer pendant près d’un siècle. Les romanciers gothiques anglais tirent parti de la passion la plus invasive et la mieux ancrée dans la psyché : la peur. Macabres et spectaculaires, situées au cœur de demeures hantées ou de souterrains parsemés d’ossements, leurs histoires doivent produire des émotions extrêmes, en premier lieu la terreur et la pitié. Confronté à la noirceur d’âme de « héros » monomaniaques et déviants prêts à briser tous les tabous (inceste, matricide, viol), le lecteur va de frayeur en horreur avant de compatir aux malheurs des victimes – de sexe féminin pour la plupart. En 1796, Le Moine de M. G. Lewis atteint les sommets en matière de sensationnalisme, avec une forte dimension érotique et mortifère qui fit beaucoup pour le succès de ce roman, toujours actif aujourd’hui. En 1818, la jeune Mary Shelley parachève cette tradition en donnant naissance à une créature monstrueuse qui se nourrit des mythes de Prométhée et de Faust. Elle met en discours un concept inouï : l’assemblage, à partir de morceaux de chair morte, d’un être humain, par le docteur Victor Frankenstein, qui fait fi de la sexualité et de la reproduction biologique. Féconde invention…

~ Mon humble avis ~

Le Moine est sans doute le roman gothique le plus connu avec ceux d’Ann Radcliffe. Assez fan de ce qui se fait dans le genre, et curieuse de découvrir ce « chef d’œuvre », je me suis lancée dans ce livre à l’atmosphère plus que jamais gothique, où la perversion atteint son paroxysme, où le paraître cache des psychologies tourmentées autant qu’on peut l’être, où la peur est utilisée comme le moteur principal d’une histoire absolument glauque et transgressive pour la morale et les valeurs de l’époque, comme pour les tabous qui parcourent toute société humaine – civilisée, du moins. Bref, Le Moine a été écrit par le jeune anglais Matthew Gregory Lewis en 1796 et raconte la chute du religieux Ambrosio, un moine madrilène qui provoque l’admiration des foules qui viennent l’écouter chaque jeudi pour son éloquence incroyable et son exemple de vertu parfaite. Mais la vraie personnalité de cet homme va très vite apparaître aux yeux du lecteur, lorsqu’il va découvrir les tentations du désir et les tourments qui succèdent à la transgression.

Même si je savais que le moine Ambrosio serait le protagoniste de l’histoire, j’avoue que j’ai été très déçue en constatant que le roman, dans la première partie, nous faisait apparaître le précipice vers lequel le héros tendait, pour au final nous emmener totalement ailleurs, à travers le récit de don Raymond, un autre personnage. Ce dernier commence à expliquer à son ami pourquoi il n’a pas pu donner de nouvelle à sa bien-aimée, enfermée dans un couvent, et bien décidée à prendre le voile depuis que son mec lui a posé un lapin. Seulement le gars va vraiment replonger dans ses souvenirs et t’emmener bien loin de la temporalité de l’action, et raconter les obstacles qui se sont juchés les uns après les autres entre lui et sa tendre Agnès (c’est comme ça qu’elle s’appelle). Bon, soit, après tout il vit des aventures assez tumultueuses, et qui donneraient la chair de poule à n’importe quel lecteur, mais bon Dieu pourquoi tant de longueur, je sais bien qu’il faut bien créer du suspens mais pour moi son récit est tellement détaillé que j’en ai perdu le fil de l’histoire, d’autant que le tout est assez prévisible.
J’ai été contente de retrouver le moine Ambrosio dans la deuxième partie. Ce personnage qui se cache derrière le masque d’un saint, nous voyons tout de suite, nous, lecteurs, ce qu’il est vraiment. Imaginez 30 ans d’une vie à se construire une telle réputation par pure vanité, imaginez que votre vie n’est qu’une illusion, qu’au fond de vous brûle mille désirs que vous ne calculez même pas… Et là, un beau jour, on vous pousse au vice, sans crier gare… Car c’est bien une belle jeune femme (habilement dissimulée dans l’enceinte du monastère) qui vient vous déclarer son amour et son admiration… Le moine, d’abord très vaniteux, est flatté, et pour le reste : imaginez 30 ans d’abstinence, tout ça pour la gloire de passer pour un saint : la résistance s’avère très compromise ! Inutile de dire que la digue va très vite céder. Alors voilà, j’ai adoré ce personnage de tyran gothique, esclave de ses propres désirs, monstre par ce qu’il est capable de faire subir, c’est un personnage effroyable, inhumain mais qui pourtant n’est pas totalement dénué de remords et de tourments, bref : un héros complexe, à la psychologie très sombre, comme je les aime.
S’il y a bien une chose qui m’attirait dans ce livre, c’est aussi le décor, les cryptes, ces pièges de l’oubli enfouis au fin fond du souterrain sous le cimetière, la mise en scène de M. G. Lewis est très habile pour provoquer la peur pendant que les personnages arpentent à tâtons ces allées funestes plongées dans l’obscurité.
L’amour et la mort sont des thèmes toujours entremêlés dans ce récit, comme si la mort venait toujours se dresser en obstacle à l’amour, à moins que la mort ne fasse partie de l’amour ? En tout cas rien n’est jamais simple et c’est envers de jeunes femmes innocentes, dans la fleur de l’âge, et qui ne connaissent encore rien à l’amour que le moine va se pencher, va nourrir de terribles desseins.
M. G. Lewis met aussi en évidence le danger des superstitions, centrales dans l’intrigue, en montrant tout ce qu’elles peuvent avoir de néfastes sur les hommes, en les conduisant à commettre des actes dignes de la pire barbarie – que ce soit chez les religieux comme chez le peuple. Si le roman a choqué à sa parution, c’est aussi parce que, outre le fait de mettre en scène un moine débauché, aux péchés les plus graves – c’est aussi parce que le catholicisme est parfois violemment pointée du doigt, même si l’auteur reste prudent.
Même si je ne peux pas expliquer pourquoi pour ne pas spoiler, je dois dire que la fin m’a beaucoup surprise mais dans le mauvais sens, j’ai eu l’impression que l’auteur se dédouanait de ce qu’il exprimait dans son roman, qu’il voulait revenir sur sa prise de risque en proposant une fin conventionnelle.

Malgré une atmosphère très sombre, des personnages très complexes et des thèmes très justement abordés, je reste vraiment sur ma faim avec Le Moine. Certes le roman m’a rassasiée en perversion, sadisme et penchants morbides, mais je l’ai trouvé assez bancal dans sa construction et vraiment trop bavard pour être efficace. Je pensais l’adorer mais c’est un fait : je suis déçue, dommage !

COUP DE CŒUR. Le Golem et le Djinn de Helene Wecker

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~ 4ème de couverture ~

1899. De la Pologne à New York, Chava, mystérieuse femme d’argile affranchie par la disparition de son créateur, un rabbin qui s’est détourné de sa foi, prend peu à peu conscience du monde.
Après des siècles de réclusion, Ahmad, djinn de feu aux pouvoirs étranges, est libéré de sa prison par accident, dans l’atelier d’un artisan oriental.
Dans les dédales du Manhattan de l’époque, la rencontre de hasard de ces deux êtres d’exception, seuls à se voir tels qu’ils sont vraiment, va inspirer une magnifique histoire d’amour et de liberté sur fond de choc des cultures, au cœur d’un âge de tous les possibles.

~ Mon humble avis ~

Résumer l’intrigue de ce livre est difficile : moi même, en lisant la quatrième de couverture, je l’ai trouvée assez abracadabrante ! Nous sommes en 1899 à New York. Débarquant d’un paquebot provenant de Pologne: une mystérieuse femme, qui est en fait une golem, c’est-à-dire une femme d’argile créée par l’homme et faite pour être une esclave. Seulement, vu que son maître est mort durant la traversée, son destin est compromis, puisque elle en a besoin d’un. Pourtant, cette dernière va devoir redoubler de vigilance pour passer inaperçue, si elle veut survivre. Pas facile quand on fait la taille de Florent Manaudou et qu’on a la force d’un Terminator ! Parallèlement, une autre créature, non de terre mais de feu, va aussi devoir cacher sa vraie nature : un djinn sort subitement d’un flacon dans l’atelier d’un dinandier. Depuis combien de temps est-il là-dedans, il ne le sait pas, toujours est-il qu’un bracelet de fer au poignet atteste qu’il est prisonnier de son apparence humaine factice. Dès lors, ces deux créatures vont, soit encouragées de bienveillance, soit rejetées par méfiance, devoir s’intégrer à la communauté humaine, et poursuivre leur vie étrange dans le quartier syrien et le quartier juif du New York de 1899.

En commençant ce livre, j’ai eu assez peur de me perdre dans l’histoire car nous passons respectivement de la Pologne, à l’Orient, puis de l’autre coté de l’Atlantique, etc. Et je me suis dit que cette histoire serait peut-être trop farfelue à mon goût. Finalement, je suis devenue curieuse lorsque la Golem débarque à New York, sans ne rien connaître de cette ville, ni du pays, ni de rien du tout, en fait, pas même des gens. Cela m’a fait penser à la créature de Frankenstein qui va devoir acquérir des connaissances sur les comportements humains grâce à son observation, son expérience. Puis la Golem va faire une rencontre qui va lui sauver la mise et le danger qu’elle semblait courir s’efface, et une situation plus stable s’installe. Je pense qu’on peut à partir de ce moment-là avoir des doutes sur la destination vers laquelle nous emmène l’auteure, trouver des longueurs. Pourtant, avec le destin du djinn qui se déroule en même temps dans un autre coin de la ville, l’auteur a réussi a attiser ma curiosité : Que ce passerait-il si ces deux créatures se rencontraient ?
Mais si j’ai VRAIMENT accroché au bout d’un moment, c’est grâce à la ville qui se dessine à travers la plume de l’auteure, dont les descriptions sont toujours très belles, jamais lourdes, et très efficaces pour visualiser l’univers du roman. L’atmosphère qui se dégage peu à peu de cette lecture a vraiment été envoûtante pour moi, j’avais l’impression d’y être, simplement, que ce soit dans le désert, dans le quartier juif ou syrien, dans les allées de Central Park (à l’époque où on trouvait encore des enclos de moutons !). L’hiver, le froid et les flocons qui s’installent assez vite apportent d’autant plus de magie à l’histoire, de même que la nuit, très présente – puisque les deux créatures ne dorment jamais.
Comme je le disais plus haut, je pense que cette histoire pourrait rebuter certains lecteurs qui voudraient d’avantages d’action et de rapidité et moins de personnages disparates. Helene Wecker mise plus sur le développement de son univers et de ses personnages : d’où une immersion extraordinaire si on apprécie ce genre de procédé. Même si la quatrième de couverture promet une « romance », il n’en est rien, en tout cas ce n’est pas une romance dans le sens où on l’entend généralement. D’ailleurs, la puissance de ce roman réside aussi dans l’originalité de l’intrigue, j’ai beau chercher des histoires similaires, je n’en trouve pas, tant l’auteure mélange les cultures, les genres – du conte philosophique, du roman initiatique, de la fantasy en passant par la fiction historique – et en plus imagine une trame superbement imaginative !! L’intrigue ne s’essouffle jamais, elle se pose pour pour repartir de plus belle, enchaîne avec virtuosité désillusions et moments d’espoir, si bien que la suite des événements est toujours inattendue.
J’ai absolument adoré la manière dont le thème de l’exil, de l’étranger est développé, il devient tellement symbolique dans cette époque où immigrants de l’Europe de l’Est traversent l’océan pour découvrir le Nouveau Monde et découvrent la Statue de la liberté – dans laquelle se verra la Golem. Helene Wecker dépeint si bien l’égarement, la solitude de ces êtres loin de chez eux ! Bien sûr ce roman reprend aussi le thème de la créature qui échappe à son créateur mais il porte aussi une réflexion sur le libre-arbitre, le sens de l’existence humaine, ce qui constitue notre identité (nos actes ou nos désirs ?).

Le Golem et le Djinn a été une surprise livresque extraordinaire ! Je me suis plongée dedans sans trop savoir où je m’embarquais et j’ai été captivée par l’atmosphère du livre, ses personnages si attachants, sa mythologie et la magie qui s’en dégage. Pour un premier roman, je suis super impressionnée, c’est un livre très dense qui a dû demander tellement de documentation… ! Bref, c’est un gros gros coup de cœur pour ce livre que j’ai eu beaucoup de mal à refermer.

Voici la chouette bande-annonce qu’en ont fait les éditions Robert Lafffont ! 🙂

(Dire qu’il va falloir que j’attende 2018 pour la sortie du tome 2… u.u’)

COUP DE CŒUR. Le Journal de Gurty (Vacances en Provence) de Bertrand Santini

 

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~ 4ème de couverture ~

Quand j’étais petite, je croyais que je m’appelais « Arrête ».
Mais c’était parce qu’on me criait tout le temps « Arrête ! ».
Maintenant je sais que je m’appelle Gurty, et tant mieux : c’est plus joli.

~ Mon humble avis ~

Gurty, Gurty, Gurty… sacrée petite bête. Autant le dire tout de suite : ma rencontre avec cette chienne a été un coup de cœur livresque, instantané. Dans ce livre, Gurty prend la plume (si si, il est écrit dans le livre que Gurty a rédigé et illustré le livre, le nom de l’auteur n’est qu’un leurre) et nous raconte ses vacances en Provence, où elle part tous les étés avec son « humain », qui se nomme Gaspard. Comme tous les chiens, il lui arrive de faire des bêtises, parce que la logique de Gurty est, comment dire… canine !
J’ai adoré ce livre, en le refermant, j’ai eu l’impression de dire au revoir à des amis qui allaient me manquer. Car il y a Gurty, mais aussi Fleur, son amie, elle n’est pas normale « mais faut pas se moquer », Tête de Fesses alias Jean-Jacques, un gros matou avec lequel Gurty demeure éternellement en conflit. La vie de ces animaux est bien remplie ! Quand Gurty ne va pas à la chasse à l’écureuil (l’écureuil qui fait hi hi, très agaçant), Gurty tend des pièges à son ennemi juré, Tête de Fesses, papote avec son amie Fleur de choses et d’autres, dont les conversations ne sont pas toujours très logiques pour nous autres humains ! Que j’ai ri en lisant ce livre ! Certes l’humour pipi-caca marche toujours sur moi quand ça reste assez léger (si, parce que y a l’humour pipi-caca bien lourd, et puis l’humour pipi-caca pas « fin » mais vous voyez ce que je veux dire ? non ?), mais Le Journal de Gurty c’est aussi un humour absurde, tellement imaginatif ! Les illustrations sont parfois à elles seules hilarantes grâce aux mimiques gurtyesques qui ressortent tout de suite des dessins.
Lire Le Journal de Gurty c’est prendre un bon bol de rire, c’est frais, c’est bien écrit, les dessins sont mignons et drôles en même temps, la rigolade ne s’arrête jamais : comment s’ennuyer en lisant un livre pareil ? J’ai beau avoir 19 ans, je n’ai pas boudé mon plaisir, et peut-être que si plus jeune on m’avait mis un tel livre entre les mains j’aurais commencé à aimer la lecture plus tôt ! C’est un livre parfait pour les petits mais aussi pour les petits grands (comme moi). Et je peux vous dire que ça a même fait rire ma grand-mère, donc j’ai la conviction qu’il n’y a pas d’âge !
Enfin, cerise pour le gâteau à la fin du livre : des jeux (rébus et autres devinettes) qui m’ont vachement surprise lorsque que j’ai cru l’avoir terminé, cela m’a permis de profiter encore un peu de ces vacances provençales rocambolesques dont la fin me précipitait déjà dans la nostalgie !

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