Walking Dead, Tome 11 : Les chasseurs de Robert Kirkman et Charlie Adlard

walking-dead-11~ 4ème de couverture ~

Rick et ses compagnons, rejoints par le trio de l’ex-sergent Abraham, tentent de rallier Washington, le lieu où, selon Eugène Porter, tout aurait commencé. Sur la route, le groupe se sent épié, et ce n’est pas la rencontre fortuite d’un révérend qui va les rassurer. Réfugiés dans une église, la paranoïa s’installe. Pire que les zombies, les cannibales… Cette odyssée de la survie atteint un nouveau stade dans l’horreur. Cernés de toutes parts, certains membres devront sacrifier une partie de leur humanité pour survivre.

Œuvre fondatrice du genre en bande dessinée, Walking Dead s’impose par sa qualité d’écriture et son attention portée aux relations entre les personnages de cette incroyable aventure humaine. En effet, au-delà des scènes où apparaît la menace des morts-vivants, les auteurs nous entraînent dans un récit où la survie est l’affaire de tous les instants, et où la moindre erreur peut s’avérer fatale…

~ Mon humble avis ~

Alors que le dixième tome de Walking Dead avait déçu certains lecteurs par son relatif calme (je dis bien « relatif », parce qu’il ne faudrait pas oublier l’énorme horde de zombies qui poursuit nos amis à la fin du volume), cette suite a l’avantage d’être très forte en rebondissements et images « choc », comme Kirkman les aime. Un concentré d’horreur qui vous glace le sang jusqu’aux orteils !

Tout d’abord je dois dire que même si ce n’est ni la faute de Kirkman, ni celle d’Adlard mais plutôt celle des éditions Delcourt, je n’ai pas tellement apprécié qu’on me spoile le contenu du comic dès la lecture de la 4ème de couverture. Mais passons.
Une fois de plus, notre ami Rick est dans ce délire chelou avec le fantôme de Lorie, avec qui il communique au téléphone. Si j’ai trouvé l’idée intéressante au début (c’est au tome 9 que Rick commence à avoir ces étranges conversations téléphoniques), là, clairement, cette habitude devient un peu lourde, car le lecteur sait très bien que ce personnage est hanté par le souvenir de sa femme et de sa fille, il n’est pas nécessaire de nous le rappeler à chaque fois, d’autant plus avec ces hallucinations répétitives. (En plus je détestais Lorie, donc j’aimerais mieux qu’on arrête de rappeler tout le temps son souvenir.)
Comme très souvent dans ce comic, le ton est tout de suite donné dès les premières pages. Si les jumeaux jusqu’ici avaient un rôle minime voire inexistant, disons-le, ce tome va très vite nous rappeler leur présence, pour mieux la supprimer ensuite. Car les enfants ont aussi leur lot de traumatismes… Deux d’entre eux vont commettre un geste irréparable, l’un étant flirtant avec la folie et ayant oublié la gravité de la mort ; l’autre se décidant à faire ce que les adultes n’osent pas faire, malgré qu’ils en aient la sombre intention. Au passage, soulignons que les jumeaux sont partis fugacement : à l’image de leur importance dans l’histoire. Encore une fois, Kirkman fait le ménage en se débarrassant des personnages inutiles, et ce n’est pas plus mal.
Il n’y a encore aucun répit pour nos compagnons qui voient arriver dans leur campement le mystérieux père Gabriel, un solitaire miraculeusement rescapé de l’apocalypse, qui va à leur rencontre en temps que pacifiste égaré. Méfiants, et forcés de l’être, même face à un homme de foi, ils ne seront pas complètement insensibles au récit terrifiant que celui-ci leur fera – le religieux devenant le pécheur confessant.
Enfin, ce tome est particulièrement marquant dans la mesure où il atteint le sommet de l’horreur, de l’ineffable. Comme beaucoup sans doute, en ayant regardé la série d’abord je n’ai pas été aussi surprise que j’aurais pu l’être. Le déroulement de l’épisode du cannibalisme est le même, si ce n’est que ce n’est pas le même personnage qui sera la victime de ces étrangers avides de viande fraîche. Mais même si la victime en question n’était pas entièrement inutile, je dois dire que j’avais tendance à m’en plaindre durant les lectures précédentes, donc je ne regrette pas cette perte. J’ai adoré ce tome car il franchit une limite encore plus extrême, à tel point qu’on imaginerait mal ce qui pourrait encore plus déshumaniser un homme, que de consommer la viande de ses propres enfants pour survivre.

Le mal que Rick est capable d’infliger aux autres semble de plus en plus incontrôlable, répondant par impulsion, plutôt qu’avec raison, comme celui qu’il était jadis au début de la série. Ne se contentant plus de faire les choix qui s’imposent pour protéger sa communauté, il suit une voie dangereuse vers la vengeance sanguinaire. Ce tome était donc génial au niveau du degré de terreur qui augmente, comme au niveau des questions qu’il soulève, cette fois-ci de manière encore plus percutante, sur ce que les survivants sont capables de faire pour sauver leur peau, quitte à renoncer totalement à leur humanité. C’était mortel, et on en reprendrait bien un morceau !

rick

Hortense de Jacques Expert

hortense~ 4ème de couverture ~

Tu ne la reverras plus.

1993 : Sophie Delalande est folle d’amour pour sa fille Hortense, presque trois ans, qu’elle élève seule. Celle-ci lui permet d’oublier les rapports difficiles qu’elle entretient avec le père de cette dernière, Sylvain, un homme violent qui l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte et à qui elle refuse le droit de visite. Un jour, pourtant, Sylvain fait irruption chez elle et lui enlève Hortense. « Regarde-la. Nous allons disparaître et tu ne la reverras plus. »

2015 : après des années de recherches vaines, Sophie ne s’est jamais remise de la disparition d’Hortense. Fonctionnaire au ministère de l’Éducation, elle mène une existence morne et très solitaire. Jusqu’au soir où une jeune femme blonde la bouscule dans la rue. Sophie en est sûre, c’est sa fille, c’est Hortense. Elle la suit, l’observe sans relâche. Sans rien lui dire de leur lien de parenté, elle sympathise avec la jeune femme, prénommée Emmanuelle, tente d’en savoir plus sur elle. La relation qui se noue alors va vite devenir l’objet de bien des mystères. Sophie ne serait-elle pas la proie d’un délire psychotique qui lui fait prendre cette inconnue pour sa fille ? Et la jeune femme est-elle aussi innocente qu’elle le paraît ?

Avec ce nouveau roman, inspiré d’une histoire réelle, on retrouve le génie de Jacques Expert pour transformer les faits divers en romans captivants. Comme à son habitude, il ne se contente pas de faire preuve d’une extrême justesse psychologique mais multiplie les pistes, enchaîne les rebondissements jusqu’à un dénouement complètement imprévisible.

~ Mon humble avis ~

Hortense est un polar de Jacques Expert qui raconte l’enlèvement d’une petite fille à sa mère, et leurs extraordinaires retrouvailles bien des années plus tard. Extraordinaires car la petite fille qui avait été privée de sa maman a bien grandi, c’est une jeune femme. Mais est-ce vraiment elle ? Sophie, sa mère qui a arrêté de vivre pendant plus de vingt ans, est persuadée que c’est elle, c’est Hortense, elle vient de la croiser dans la rue. Elle s’est volatilisée en 1993, nous sommes en 2015.
Je ne lis jamais de polars mais celui-ci avait quelque chose d’alléchant, surtout quand on vous le recommande très très chaudement comme un roman à couper le souffle, tellement la fin « te retournes le cerveau ». Alors, je l’ai lu. J’ai souffert à cette lecture. Je vais dire pourquoi mais vraiment, cette lecture fut un calvaire. Plus jamais.

Jacques Expert, outre sa profession d’écrivain, est aussi journaliste à RTL et a déjà travaillé en tant que rédacteur en chef chez TFI. Pourquoi je vous dis ça ? Parce que vous retrouvez dans Hortense la même stérilité, la même invraisemblance des dialogues, et surtout la même finesse psychologique qu’un épisode d’Au nom de la vérité sur TF1, justement. L’écriture de Jacques Expert semble destinée à un téléfilm médiocre dans lequel on tenterait d’établir une sorte de tension, de terreur, par le biais d’un personnage qui vous emmène du côté de « sa part d’ombre ». D’abord, une femme à peine vivante, tant elle a été brisée par la perte de sa fille, qui s’ennuie dans sa vie, mais qui, au lieu de prendre une corde, rumine sa rage contre le père de sa fille, et s’ennuie, beaucoup. Mais elle ennuie beaucoup aussi. Quel intérêt y a-t-il à souligner les moindres gestes du personnage, ses moindres habitudes aussi barbantes qu’insignifiantes ? Qu’en a-t-on a faire qu’elle préfère manger du surgelé le week-end, et quelle se couche tous les soirs à vingt-deux heures ? L’intrigue qui pourtant promet des rebondissements se noie dès le début. L’auteur prend délibérément un ton froid et rigide, comme pour créer une atmosphère inquiétante ; mais il ne fait que rendre ses personnages incapables d’avoir des pensées moins médiocres. Il se plaît aussi à introduire dans leur narration ce je-ne-sais-quoi de bizarre qui fera penser aux lecteurs que tous ont un côté étrange et qu’ils pourraient tous bien être suspects ; c’est une façon de lui faire croire qu’il y a bien des secrets dans cette histoire et que tous pourraient bien avoir de terribles desseins.
Mais si Jacques Expert tisse son intrigue bout à bout, chapitres de 3 pages après chapitres de 3 pages, en essayant péniblement de faire avancer son histoire, c’est parce que lui-même ne sait pas quelle en sera l’issue. Il déclare ainsi à un journaliste de LCI : « Le dénouement d’Hortense qui est assez spectaculaire, je l’ai vraiment trouvé à la fin. » Ce qui donne un long égarement, alternant le récit de « Sophie » et celui d’« Hortense », et ponctué de nombreux contre-rendus de procès-verbaux qui n’ont pour seul fonction que de prévenir le lecteur qu’attention ! l’histoire va tourner en eau de boudin, mais des indices, que nenni. D’ailleurs pourrait-on parler d’indices alors qu’il ne s’agit pas d’une enquête tentant de résoudre un crime quelconque ? La seule question soulevée ici est : est-ce Hortense ? Mais les ¾ du roman se contentent de proposer au lecteur des scènes de discussion entre la possible mère et la possible fille autour d’un repas organisé chaque semaine. Chacune déballe son passé, mais aucune réelle confrontation ne se fait, l’une étant décidée à attendre le bon moment pour annoncer la nouvelle, l’autre se demandant ce qu’elle vient faire chez cette vieille dame qui n’est pas de la meilleure compagnie.
Outre l’absence de suspens, l’absence de retournement de situation au bout de 300 pages, on peut se dire que la fin – très souvent louée d’ailleurs – nous réserve bien des surprises, alors, acceptant ces centaines de pages très longuettes, on se résout à aller jusqu’à la fin, il y en a peut-être pour qui cela crée même un certain effet d’attente, moi pas, juste de l’agacement, et une faible lueur d’espoir pour que ce roman s’achève avec plus de sens. Mais le dénouement, survenu comme par la magie de l’inspiration chez Jacques Expert, par « un flash un soir avant de [s]’endormir », est totalement absurde. Chez certains lecteurs la terreur a fait mouche, et on en est resté là. En plus de m’avoir laissée de marbre, cette situation finale suppose que tout ce qui a précédé dans l’intrigue n’avait aucun sens. C’est sûrement le genre de problème qui arrive quand on n’a pas de scénario.

Hortense est ma pire lecture de 2016. Je le déconseille vivement, sauf si l’on aime les intrigues sans queue ni tête, avec en pompon une fin glauque à souhait pour vous faire oublier que l’histoire n’avait aucune direction particulière. Tant de pages pour si peu de contenu, ça, c’est effrayant.

Bilan du mois de septembre 2016

Pauvre bilan de lectures personnelles que ce mois de septembre ! Mais j’ai bien peur que les mois à suivre le soient tout autant, car je découvre une chose nouvelle : les lectures pour la fac. Et bien sûr, elles sont prioritaires sur le reste. Mon rythme de lecture n’étant pas très rapide, m’appliquant à lire bien plutôt qu’à lire vite, je n’ai pas trouvé le temps de conjuguer lecture « plaisir » et lecture de cours, surtout que ma lecture en cours est absolument accablante de monotonie, et Dieu sait quand j’arriverais au bout ! ! ! Néanmoins avant que la rentrée ne survienne et chamboule toutes mes habitudes livresques, j’ai eu le temps (et l’immense plaisir) de lire le deuxième tome de l’autobiographie de Karl Ove Knausgaard, et le dixième tome de Walking Dead : des valeurs sûres.bilan-du-mois-de-septembre-2016