Bilan du Week-end à 1000 ! ~ Août 2016

Ce week-end j’ai participé à la 15ème édition du Week-end à 1000 organisé par la blogueuse et booktubeuse Lili bouquine. Les règles du challenge sont très simples. Deux horaires : vendredi 19 heures, dimanche minuit. Dans ce laps de temps, il faut avoir lu 1000 pages. Romans, BD… à la guise de chacun ! Un week-end en immersion dans la lecture qui met notre concentration de lecteur/lectrice à l’épreuve. Fastoche pour certains, et très éprouvant pour d’autres. Car chacun à son propre rythme, mais pendant un week-end seulement, tous nous devons carburer à la même vitesse effrénée ! Bref, je me suis mise au défi de réussir le Week-end, et même si j’ai échoué de peu (à minuit je finissais de lire ma 981ème page), je suis fière d’avoir lu autant, moi qui me précipite rarement dans mes lectures. J’ai lu dans le canapé, j’ai lu dans le lit, j’ai lu sur ma serviette de plage, j’ai lu dans la voiture de jour, j’ai lu dans la voiture de nuit avec la lampe torche, j’ai profité de chaque instant de libre.

Voici les trois livres que j’ai lu durant le challenge :

Week-end à 1000 - Août 2016

La guerre des mondes de H. G. Wells :

Ai-je vraiment besoin de présenter La guerre des mondes ? Classé au rang des romans cultes de SF, on peut même aller jusqu’à dire que la science-fiction contemporaine découle de l’imaginaire de H. G. Wells, pionner en ce genre à son époque : le dix-neuvième siècle. Dans cette œuvre fondatrice, l’écrivain met en scène les doutes qui persistent concernant une possible vie sur la planète Mars. Loin d’être une thèse réfutée comme elle l’est aujourd’hui, celle-ci trotte dans les spéculations scientifiques et l’esprit du temps. Alors, lorsqu’un jour des météorites martiennes qui n’en sont en fait pas vraiment atterrissent dans la campagne anglaise, la foule accourt. Au lieu de météorites, d’immenses cylindres mystérieux. À l’intérieur ? Les Martiens. Géants de fer hostiles venus conquérir la Terre. La terreur et la destruction vont régner sur cette partie du globe, renversant le rôle dominant de la civilisation occidentale en victime traquée par d’effroyables monstres puissants.
S’il y a bien une chose qui surprend dans La guerre des mondes, c’est bien cela : l’incroyable dimension visionnaire des grandes capsules de métal hostiles représentant les extraterrestres, la chaleur intense émise par leurs rayons et avec laquelle elles réduisent tout en fumée sur leur passage, la rapidité avec laquelle elles donnent la mort – en réalité d’une violence inouïe. On imagine plus ces bestioles sorties de la tête d’un réalisateur contemporain tel que Spielberg que d’un écrivain de la fin du dix-neuvième, et pourtant… J’ai eu froid dans le dos en lisant certains passages, comme la soudaineté de la première attaque, les innocents tués sur place aussi rapidement que l’éclair, et les habitants qui contemplent, stupéfaits, avant de fuir, le danger que représentent les Martiens. Cependant je regrette qu’il y ait autant de longueurs, qui rendent le récit ennuyant par moments, en plus de la quasi-absence de dialogues qui auraient donné plus de vivacité à l’histoire. Mais la réflexion sur la nature humaine et la domination qu’elle se croit légitime d’exercer sur toutes les espèces inférieures, dans une époque marquée par la colonisation dessine, par un renversement des rôles ironique et cruel, une terrible leçon pour l’humanité.

Quartier lointain, L’intégrale de Jirô Taniguchi :

Fin des années 90 au Japon. Un homme, 48 ans, se rend en gare de Kyôto après sa journée de travail pour retourner chez lui, à Tôkyô. Hasard ou gueule de bois, toujours est-il que cet homme se réveille dans le mauvais train. Pourtant, le paysage qui défile ne lui est pas inconnu. Et pour cause : il se trouve dans le train qui va jusqu’à Kurayoshi, sa ville natale. Arrivé là-bas, ses pas le mèneront tout droit à son ancien quartier, ce quartier lointain enfoui dans sa mémoire… Entre réminiscence proustienne et fantastique, Hiroshi Nakahara va se réveiller plongé dans son passé, avec la possibilité de le revivre et, peut-être, qui sait, d’en changer le cours. Car l’homme qu’il est devenu, qui a développé l’habitude de boire et de s’absenter de la maison familiale, va se retrouver dans sa vie de jeune homme de 14 ans, en 1963. À la fin de l’été de cette année-là, son père a disparu, sans laisser de trace, et sans jamais donner de nouvelles par la suite.
Les dessins de Jirô Taniguchi sont d’une beauté à couper le souffle, les planches sont magnifiques, comme jamais je n’en avais encore vues. Bien qu’il s’agisse de l’histoire d’un enfant qui a grandi au Japon, et qui plus est dans les années 60, soit avec une culture qui diffère dans le temps et dans l’espace avec la mienne, elle arrive à se frayer un chemin dans le cœur du lecteur et à lui faire vivre mille émotions. Hiroshi revit avec une certaine incrédulité la vie qu’il avait alors, lorsque sa famille n’était pas encore dissoute par la fuite de son père, une vie heureuse en somme, qu’il peut savourer à nouveau. Mais il lui est évidemment impossible d’écarter l’inquiétude suscitée par la connaissance des intentions de son père. Hiroshi va tout faire pour essayer de comprendre, avec son expérience d’homme et de père de famille lui aussi, ce qui a pu le motiver à partir. Un parcours initiatique qui lui permet d’explorer l’histoire de ses parents, mais qui surtout, par effet miroir, lui offre une vision éclairée de sa propre existence…
Avec beaucoup de délicatesse et d’espièglerie, Jirô Taniguchi nous offre une expérience de vie. En refermant l’album, vous croyez connaître ce quartier, cette famille, ce lycée, ce prof de maths qui vous fait des remontrances, ces camarades de classe qui vous envient parce que vous sortez avec Tomoko, la plus belle fille du collège, vous avez l’impression d’avoir fait les quatre cent coups avec Daisuké, d’avoir fait des ballades illégales en moto avec le téméraire Masao. J’ai été très émue par cette histoire, à lire et à relire. C’est un album que je recommande à tous. Un coup de cœur.

Fight Club de Chuk Palahniuk :

On ne parle pas du fight club. 😉

La Gloire de mon père de Marcel Pagnol

La Gloire de mon père

4ème de couverture :

Un petit Marseillais d’il y a un siècle : l’école primaire ; le cocon familial ; les premières vacances dans les collines, à La Treille ; la première chasse avec son père… Lorsqu’il commence à rédiger ses Souvenirs d’enfance, au milieu des années cinquante, Marcel Pagnol est en train de s’éloigner du cinéma, et le théâtre ne lui sourit plus.
La Gloire de mon père, dès sa parution, en 1957, est salué comme marquant l’avènement d’un grand prosateur. Joseph, le père instituteur, Augustine, la timide maman, l’oncle Jules, la tante Rose, le petit frère Paul, deviennent immédiatement aussi populaires que Marius, César ou Panisse. Et la scène de la chasse à la bartavelle se transforme immédiatement en dictée d’école primaire…
Les souvenirs de Pagnol sont un peu ceux de tous les enfants du monde. Plus tard, paraît-il, Pagnol aurait voulu qu’ils deviennent un film. C’est Yves Robert qui, longtemps après la mort de l’écrivain, le réalisera.
« Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. »

Mon humble avis :

Il fait beau, il fait chaud, c’est l’été : c’est le moment parfait pour lire du Pagnol ! Car, je ne sais pas vous, mais moi, des fois, j’aime bien associer mes lectures à la saison, au temps qu’il fait, histoire d’aller un peu plus loin ; l’illusion de l’immersion dans le livre est alors plus optimale. Bref, séduite par la couverture de La Gloire de mon père dessinée par Sempé aux Éditions De Fallois, j’en ai profité pour découvrir Marcel Pagnol et ses Souvenirs d’enfance dans cette Provence qui lui était si chère.

Dès les premières pages de ce récit (sans parler de la préface formidable qui le précède), le décor pittoresque et provençal d’Aubagne, le village natal du petit Marcel, est planté. Une description aussi soucieuse que pour les portraits des membres de sa famille, qu’il présente au lecteur. Il y a le grand-père maternel marseillais, tailleur de pierres, et le grand-père maternel, mécanicien normand mort de la fièvre en Amérique latine… Son père, Joseph, est instituteur – de ceux qui prônent la Laïcité et fuient les curés comme la peste, et cultivent une aversion pour l’alcool, comme tout ce qui peut détourner la raison selon lui, d’où des passages hilarants tant le narrateur fait de cette peur une paranoïa quasi-loufoque et monomaniaque : «  l’on citait le cas d’un violoniste de grand talent, réduit à jouer de la mandoline à cause d’un tremblement spasmodique dû au fait que sa moelle épinière trempait dans un bain de vermouth-cassis. Mais ce qu’ils haïssaient le plus farouchement, c’étaient les liqueurs dites « digestives », les bénédictines et les chartreuses, « avec privilège du Roy », qui réunissaient, dans une trinité atroce, l’Église, l’Alcool et la Royauté. » Mais le petit est aussi entouré d’une mère aimante nommée Augustine, pleine d’attentions pour ses fils.
Car Marcel a aussi un petit frère de trois ans son cadet, Paul, avec qui il s’amuse comme chacun s’amuse avec un frère petit(e), avec un rien, quelques matériaux trouvés deci delà dans la nature pour se faire un déguisement d’Apache et une arme super dangereuse – du moins dans notre imagination. Comment ne pas se reconnaître soi-même dans ces jeux d’enfants, où l’on s’invente des rôles d’aventuriers intrépides, ou lorsque nous ne désirons rien de plus fort que de se construire une vraie cabane dans les arbres. Des jeux pas toujours innocents, certes, quand la cruauté nous pousse à observer et mutiler de petites bestioles inoffensives, sans comprendre la moralité de notre geste… Entre Les Malheurs de Sophie et Le Petit Nicolas, faite de bêtises et de rigolade, l’enfance de Marcel Pagnol est l’enfance de tous les enfants qui furent heureux. Pour ma part, c’est une lecture qui a ravivé beaucoup de bons souvenirs, et c’est plutôt chouette.
Enfin, l’admiration du fils pour le père est tellement empreinte de tendresse et d’amour, que c’est évidemment une relation magnifique et très touchante qui n’a pas laissé mon cœur insensible. Le regard que porte le petit garçon sur son papa fait écho j’en suis sûre à tous les lecteurs qui ont jadis été fiers de leur parent comme d’un héros. Joseph est un homme maladroit et très modeste, qui se fait rabaisser sans mot dire par l’oncle Jules, chasseur de longue date, et qui, par conséquent, s’y connaît mieux que lui en gibier. Lorsque les deux hommes partent à la chasse, c’est avec un fervent espoir que le petit Marcel suit son père dans les bois, priant quelque bonne prise pour son père, qu’il ne veut pas voir humilié d’une défaite, c’est-à-dire d’un retour bredouille au bercail. Et quelle euphorie pour l’un comme pour l’autre, lorsque l’enfant brandit fièrement de derrières les fourrés le butin extraordinaire acquit par son père : deux bartavelles, deux perdrix royales, « Ô Bonne Mère » ! Des scènes de vie merveilleuses, poétiques et tendres, qui sont de vrais moments de grâce dans la vie d’une famille.

Il va sans dire que j’ai adoré cette autobiographie et que je lirai la suite avec – je l’espère – autant de délectation. Car ce livre n’est qu’une bouffé d’air de Provence, ça sent bon le thym, le romarin, il y a le soleil, la garrigue, les cigales, le vent du Mistral, mais il s’agit surtout de souvenirs heureux, restitués avec beaucoup d’humour et de tendresse.

Walking Dead, Tome 9 : Ceux qui restent de Robert Kirkman et Charlie Adlard

Walking Dead #9

4ème de couverture :

Seuls Rick et Carl, son fils, ont réchappé du massacre orchestré par le Gouverneur. Il leur faut désormais réapprendre à vivre avec la peur au ventre, chaque nouvelle rencontre pouvant être la dernière. La relative sécurité qu’ils avaient retrouvée au sein des murs du pénitencier n’est plus qu’un souvenir, et il revient désormais à Carl de soutenir son père, victime d’hallucinations de plus en plus préoccupantes. L’apocalypse a bien eu lieu… une deuxième fois !
Œuvre fondatrice du genre en bande dessinée, Walking Dead s’impose par sa qualité d’écriture et son attention portée aux relations entre les personnages de cette incroyable aventure humaine. En effet, au-delà des scènes où apparaît la menace des morts-vivants, les auteurs nous entraînent dans un récit où la survie est l’affaire de tous les instants, et où la moindre erreur peut s’avérer fatale…

Mon humble avis :

Après une guerre de clans qui a passé un sacré coup de balai dans la communauté, Rick et son fils sont désormais seuls face à un monde hostile – bien que débarrassé de la folie vengeresse du Gouverneur. Un rapprochement entre père et fils qui va permettre à ce dernier d’exprimer son indépendance.
Carl est en effet confronté à la faiblesse de son père qui n’est plus en mesure de le défendre, alors qu’ils sont réfugiés dans une maison à l’abandon. C’est alors que ce petit garçon qui jusqu’ici jouait plutôt au cow-boy se révèle et enlève ce chapeau qui le rassurait tant, et, bien qu’énormément apeuré, se présente au danger seul. Pour moi ce tome est le tome de la révélation de Carl, celui qui clôt définitivement son enfance, l’obligeant à grandir d’un coup et à faire preuve d’un courage jusqu’ici jamais sollicité.
L’attention portée aux sentiments des personnages est aussi très poussée par rapport aux tomes précédents. Rick souffre des regrets inévitables qui viennent le hanter, lui qui a vu Lori et Judy se faire tuer devant ses yeux. Comme un casse-tête infini, ce père retourne le problème des centaines de fois dans sa tête, repassant sans cesse tout ce qu’il aurait pu faire pour les sauver… Bref, sa mauvaise conscience ne lui donne pas de repos, et sa femme viendra même le hanter d’une manière irrationnelle et magnifique. La présence d’un proche défunt vient aussi troubler Michonne, qui entretient des conversations avec son petit ami. Impossible d’oublier, donc, et chacun des personnages doit vivre avec ses fantômes…
La mémoire est la clé de voûte de ce tome. Si Rick et Michonne sont comme emprisonnés dans le souvenir, Sophia et Maggie, elles, s’enferment dans le déni et préfèrent oublier leur famille pour ne plus souffrir. Un enfermement dans le mensonge que les autres n’arrivent que trop peu à comprendre… D’où une solitude et un deuil différent à endurer pour chacun d’eux. Car même s’ils forment une communauté très soudée, il n’en reste pas moins qu’il y a des douleurs trop profondes qui ne peuvent se partager.
L’heure n’est pas à la célébration, et pourtant une perspective apparaît à l’horizon, apportant une coloration plus gaie à l’histoire. Et s’il était possible d’anéantir le virus ? C’est ce que leur confirme le scientifique du trio que la communauté rencontre. Après une discussion houleuse, Rick et ses compagnons décident de les suivre jusqu’à Washington. Un long périple à venir, donc, guidée par un espoir inattendu et propice…
Ce neuvième tome est celui qui m’a le plus touchée depuis le début de la série, et selon moi le plus abouti au niveau psychologique. Comme pour la série télévisée, je suis très contente que les personnages sortent de leur confortable prison pour retrouver l’insécurité du dehors (sadique ? moi ?). J’aime beaucoup aussi le nouveau personnage bourru et un brin beauf de Abraham, d’une vulgarité comique. Vivement la suite !

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COUP DE CŒUR. Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley

Frankenstein4ème de couverture :

« C’est alors qu’à la lueur blafarde et jaunâtre de la lune qui se frayait un chemin au travers des volets, je vis cet être vil – le misérable monstre que j’avais créé. Il soulevait le rideau du lit et avait les yeux – si l’on peut les appeler ainsi – fixés sur moi. Ses mâchoires s’ouvrirent et il bredouilla quelques sons inarticulés, tandis qu’un rictus ridait ses joues. Peut-être dit-il quelque chose, mais je ne l’entendis pas. Il tendit une main comme pour me retenir, mais je m’échappai et descendis précipitamment les escaliers. Je me réfugiai dans la cour de la maison que j’habitais ; j’y demeurai le reste de la nuit, marchant de long en large dans un état d’agitation extrême, écoutant attentivement, percevant et redoutant le moindre son, comme s’il devait annoncer l’approche de ce cadavre démoniaque auquel j’avais si malheureusement donné la vie. »

Mon humble avis :

Tout le monde connaît le célèbre Frankenstein. Ou plutôt la créature monstrueuse que ce docteur a créée. Halloween, le cinéma – l’imagerie populaire en a fait une figure incontournable de l’horreur. Mais qu’en est-il vraiment ? Je me suis aventurée dans l’histoire terrifiante de Frankenstein ou le Prométhée moderne écrite par Mary Shelley en 1816. Cette jeune auteure n’avait alors que 19 ans quand elle rédigea son roman.

La genèse de la terreur

Lac Léman

La villa Diodati sur les rives du lac Léman, où Mary Shelley eu la vision du monstre pour la première fois… © Centre d’iconographie de Genève

Tout d’abord, et même si cela n’apporte pas de valeur à proprement parler au roman de Mary Shelley, je voudrais revenir sur ce qui a donné l’idée à cette jeune femme d’écrire un livre qui marquera tellement par sa noirceur qu’on en parle encore deux siècles plus tard. C’est lors de vacances en Suisse, sur les rives du lac Léman, alors que l’éruption d’un volcan indonésien a enténébré toute la Terre, et que Mary Godwin et son amant le poète Percy Shelley (qui lui donnera son nom) tentent de trouver des occupations dans la villa de leur ami et voisin lord Byron, que va germer l’idée de Frankenstein. En effet, les amis s’ennuient sous un ciel menaçant, tandis que la température avoisine autour des 14 °C. « Nous écrirons chacun une histoire de fantômes », propose leur hôte. Il faut savoir qu’à cette époque les histoires de spectres et de revenants sont particulièrement en vogue, surtout en Allemagne. Mary va chercher l’inspiration pendant des jours, jusqu’à cette nuit fatale où, ayant conversé toute la soirée au sujet d’expériences scientifiques étonnantes, Mary fait un cauchemar et est témoin de la vision du monstre, « le hideux fantasme d’un homme », un « hideux cadavre » qui se tient devant elle. Dès lors, son histoire est toute trouvée…
La genèse de l’œuvre est en elle-même si mystérieuse, qu’elle mériterait presque une histoire à elle seule. Ainsi le monstre de Frankenstein est-il né des propres peurs de son auteur.

Qu’est-ce que la vie ?

Grenouilles

Frankenfrogs (lol) (Source : ampere.cnrs.fr)

S’il y a une question en particulier qui turlupine Mary Shelley, c’est bien celle-ci. Qu’est-ce donc que ce principe mystérieux de vie ? Comment pourrait-on le définir, lui qui, en cette période d’émulation scientifique lorsque l’écrivain se met au travail, ne fait que flouter les limites entre la vie et la mort ? Les expériences rapportées du docteur Darwin (le grand-père de Charles Darwin) intriguent la jeune femme : « Il avait, disait-on, conservé un peu de vermicelle dans un récipient en verre et, au bout d’un certain temps, le vermicelle, chose extraordinaire, s’était mis à se déplacer ». Et les tentatives de Luigi Galvani de provoquer des contractions musculaires sur une grenouille avec – je vous le donne en mille – la foudre, feront éclore des questionnements dans la jeune tête de la future auteure à succès : « Peut-être pourrait-on ranimer un cadavre » « Ne laisse plus la Vie séparer ce que la Mort peut réunir », écrira son mari, cinq en plus tard.

Une alchimie entre la science et la transgression

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Frontispice pour l’édition de 1831 de Frankenstein

Ces nombreuses spéculations scientifiques imposent à l’auteur un problème évident : celui de la transgression de l’homme envers les choses de la nature. Qu’en serait-il de l’homme osant défier les lois du Dieu créateur ? Mary Shelley met en scène l’orgueil de l’homme. Le docteur Frankenstein, emporté jusqu’à la folie par l’ambition, n’a pas su s’arrêter à temps, il a transgressé (et on sait combien la transgression est un thème cher au roman gothique). Pourtant, elle ne blâme pas son personnage d’un aveuglement idiot : car aussitôt la créature animée, Frankenstein réalise toute l’étendue de sa bêtise et choisit la solution la moins utile mais peut-être la plus humaine qui soit : la fuite.
En tous cas, Mary Shelley montre la capacité de renouvellement de la littérature gothique, et mobilise une problématique encore valable, en cette actualité questionnée par le post-humanisme et révolutionnée par les bidouillages génétiques et autres manipulations d’embryons…

Un double, deux doubles…

La Création d'Adam

Frankenstein peut être vu comme une parodie biblique.

Frankenstein ou le Prométhée moderne peut évoquer un roman habité par un spectaculaire bas de gamme voire risible pour certains. Pourtant, il s’agit à bien des égards d’une œuvre complexe, la multiplicité du double l’atteste d’ailleurs. En effet, il n’y a pas un double, mais bien plusieurs doppelgänger qui s’y confrontent. Le défi prométhéen que se lance Victor Frankenstein peut être vu comme un « défi à la transcendance » (Alain Morvan) – soit à la volonté divine. Il se fait donc le double du Créateur en voulant créer la vie. Mais c’est aussi une opposition évidente entre la création et le créateur, qui se manifeste par une chasse à l’homme à double sens. Mary Shelley dresse un jeu macabre où deux forces antagonistes s’affrontent : la création, très vite rattrapée par la destruction dont se nourrit le monstre. Tout se passe comme si l’expérimentation téméraire du docteur Frankenstein, en aboutissant à l’anéantissement des frontières qui séparent la vie et la mort, avait donné lieu à un trouble dans l’ordre des choses. En voulant unir l’injoignable, le docteur a signé sa propre malédiction, car il ne peut vivre que dans l’appréhension de sa propre mort, ou de ceux qui lui sont chers ! Le cours normal de la vie ne peut reprendre que si l’un ou l’autre de l’homme ou du monstre cesse de vivre.

Le « monstre »

Penny Dreadful

Harry Treadaway (à gauche) et Rory Kinnear (à droite) interprétant Frankenstein et sa créature dans la série Penny Dreadful

Il y a encore un élément dans l’œuvre de Shelley qui montre que l’œuvre ne cède pas à la facilité. Car s’il y a bien une omniprésence de la dualité dans Frankenstein, celle-ci ne va pas jusqu’à mettre en avant une opposition claire en le Bien et le Mal. Lorsque les villageois prennent peur devant la créature terrifiante, ceux-ci se braquent devant son apparente monstruosité. Le monstre ne peut être que l’incarnation du Mal, et ils ne prennent pas le temps de le connaître pour déjà le haïr. Ainsi le « monstre » est-il confronté au début de son existence à un rejet de la part de l’humanité, qui ne voit en lui qu’un étranger difforme. Une forme de racisme donc, où les préjugés limitent les hommes à la haine. Pourtant, la créature vit ses premiers jours dans une bienveillance et une naïveté extrême. Il se révèle même doté de capacités étonnantes pour survivre, se faire du feu, se nourrir. Mary Shelley s’inspire de l’empirisme lockien pour faire de son héros une créature autonome qui apprend comment se débrouiller, qui acquiert des connaissances par le biais de son expérience. Il se nourrit avidement de livres trouvés par hasard dans une valise : Le Paradis perdu de John Milton, Les Vies de Plutarque, et Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Curieux, bon, et développant une foi inébranlable en la bonté de l’espèce humaine, la créature sera malgré tout banni de sa société, d’où la naissance d’une soif de vengeance monomaniaque, et un revirement vers le Mal absolu : « Le mal, dès lors, devint mon bien. » Rien ne lui apparaît plus cruel que l’entreprise de Victor, l’ayant fait trop hideux pour être homme, tout en l’ayant pourvu de sentiments humains – quand la solitude et le rejet ne lui permettent pas de goûter au bonheur. À qui la faute, alors ? Le roman évolue dans une ambiguïté qui, finalement, s’intéresse moins à rechercher le coupable de leur malheur mutuel, mais s’intéresse à chaque point de vue, chaque personnage ayant sa part de responsabilité, mais aussi de malheurs. Comme quoi s’il y a bien une frontière qui sépare les deux personnages, l’un et l’autre s’unissent pourtant dans la souffrance et les remords…

Romantisme macabre au bord du lac genevois, univers gothique dans lequel science et transgression font mauvais ménage, chasse à l’homme haletante, Frankenstein est un roman qui propose une lecture originale et audacieuse de la condition humaine. Derrière une simple histoire de cadavre réanimé se cache en fait une perle littéraire qui restera pour moi un incontournable. Frissons, mystère, beauté inquiétante de la nature, tout y est, même une incroyable verticalité de l’œuvre qui vous emmène bien au-delà du terrifiant, notamment vers une réflexion très actuelle sur la responsabilité scientifique.

COUP DE CŒUR. Les Ferrailleurs, Tome 1 : Le Château de Edward Carey

 

Le Château4ème de couverture :

Au milieu d’un océan de détritus composé de tous les rebuts de Londres se dresse la demeure des Ferrayor. Le Château, gigantesque puzzle architectural, abrite cette étrange famille depuis des générations. Selon la tradition, chacun de ses membres, à la naissance, se voit attribuer un objet particulier, qui le suivra toute sa vie.
Clod a quinze ans et possède un don singulier : il est capable d’entendre parler les objets… Tout commence le jour où la poignée de porte appartenant à Tante Rosamud disparaît. Les murmures des objets se font de plus en plus insistants. Dehors, une terrible tempête menace. Et voici qu’une jeune orpheline se présente à la porte du Château…

Entre Gormenghast, de Mervyn Peake, et les délices steampunk d’Otomo ou de China Miéville, féerie machinique peuplée de cauchemars gothiques, telle s’annonce l’histoire de la déchetterie fantastique d’Edward Carey. François Angelier, Le Monde des livres.

Mon humble avis :

Clod Ferrayor

Clod Ferrayor © Edward Carey

Un univers qui avoisine celui de Tim Burton, peuplé de cauchemars gothiques et qui revisite le monde de Dickens sur un ton fantaisiste… Le Château, premier volume de la trilogie des Ferrailleurs, avait tout pour me plaire, semble-t-il. Et je le dis : il est écrit pour moi, si si. C’est à croire qu’Edward Carey a sciemment regroupé dans un même livre tout ce qui plaît à mon imagination de lectrice. Ce premier tome nous emmène dans une famille pour le moins étrange, qui vit dans une demeure, véritable assemblage biscornu de plusieurs bouts de bâtiments londoniens, château fait de bric et de broc au milieu d’un micmac de ferraille à tire-larigot, un océan constitué de tous les rebuts de la grande ville, dans lequel les Ferrayor s’approvisionnent en objets en tous genres. Chaque membre de cette famille se voit attribuer un objet dès sa naissance (exemples : robinet, lanterne, seau à glace), lequel devra le suivre toute sa vie. Mais tout part en sucette dans le bizarre château des ferrailleurs lorsque la poignée de porte en cuivre de tante Rosamud disparaît, et qu’une nouvelle servante devient trop curieuse…

C’est la débandade ! Clod Ferrayor, adolescent maladif en passe d’épouser une lointaine et vilaine cousine, Pinalippy, doit supporter les brimades de son cousin Moorcus, le cancre de la famille. Mais ce n’est pas tout, car Clod est un Entendeur – il y en a un par génération. Il a donc le don d’entendre les objets, des objets qui répètent leur nom indéfiniment. Alors, quand la poignée de porte de sa tante disparaît – catastrophe considérable – Clod doit faire face à l’étonnant remue-ménage du manoir, sans dessus-dessous.

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La gouvernante Claar Piggott © Edward Carey

Dans une Angleterre de la fin du XIXème siècle en pleine industrialisation, alors que tant de pauvres sont écrasés par le poids grandissant des objets, Edward Carey met en scène une fable familiale absurde, qui, comme nombre d’observateurs l’ont remarqué, confine au timburtonesque, entre innocence et cruauté, et rappelle aussi les protagonistes horribles de Road Dahl. Il y a non seulement de la cruauté, mais surtout du sadisme obstiné de la part des personnages, notamment chez l’effroyable gouvernante Mrs. Piggott, hurlant de fureur au meurtre, comme la Reine de Lewis Caroll réclamant la décapitation.
L’imagination débridée de l’auteur se situe sur une frontière ambiguë, entre le récit pour enfants, et le roman fantastique pour adultes. Cette particularité du genre en fait un OVNI littéraire aussi original que savoureux. Qu’il est bon de lire un livre aussi haut en couleur, écrit avec humour et mordant, et qui puise son inspiration dans des sources variées pour en faire une œuvre hors du commun ! Moi qui suis si souvent désespérée devant le peu d’imagination que propose la Young Adult et autres littératures destinées à la jeunesse, reprenant des thèmes maintes et maintes fois utilisés sans aucune âme, je dois dire que je suis agréablement surprise de voir que les britanniques ont encore beaucoup de tours dans leur sac.
Mais si Edward Carey est un auteur, il est aussi un excellent illustrateur. Je vous invite d’ailleurs à aller sur son site interactif qui permet de découvrir son fabuleux univers. Chaque tête de chapitre est ornée d’une illustration faite par les soins de l’écrivain, ce qui, en plus d’être un merveilleux roman, en fait un très bel objet.

Heap House

La demeure des Ferrayor… © Edward Carey

Le Château est donc un coup de cœur, une lecture qui m’a séduite par son excentricité. L’auteur a parfaitement réussi le pari de mélanger plusieurs influences littéraires sans en faire un méli-mélo bordélique. J’ai beaucoup ri, j’ai été terrorisée parfois, choquée de tant d’horreurs, mais je ne me suis jamais ennuyée durant cette lecture. Je la recommande donc chaudement à tous ceux qui n’ont pas peur d’être déroutés par cet univers fantastique très incongru !

Walking Dead, Tome 8 : Une vie de souffrance de Robert Kirkman et Charlie Adlard

 

Walking Dead #84ème de couverture :

Après une brève accalmie, l’horreur frappe à nouveau. Retranchés derrière les grilles de leur pénitencier, Rick et ses compagnons assistent incrédules au retour du Gouverneur, laissé pour mort lors de leur évasion de Woodbury. Rares sont ceux qui réchapperont de la lutte qui s’engage. Rick, Michonne, Tyreese, Andrea… Si vous aviez un personnage préféré, préparez-vous au pire, car après cet affrontement, plus rien ne sera jamais comme avant !

Œuvre fondatrice du genre en bande dessinée, Walking Dead s’impose par sa qualité d’écriture et son attention portée aux relations entre les personnages de cette incroyable aventure humaine. En effet, au-delà des scènes où apparaît la menace des morts-vivants, les auteurs nous entraînent dans un récit où la survie est l’affaire de tous les instants, et où la moindre erreur peut s’avérer fatale…

Mon humble avis :

Œil pour œil, dent pour dent ! Le Gouverneur resurgit à nouveau dans la vie des habitants du pénitencier… Un lieu privilégié dans un monde cerné par le danger zombiesque, que le psychopathe compte bien s’approprier, après en avoir éliminé Rick et ses compagnons de cellule. Car il ne s’agit pas seulement d’une convoitise, mais aussi et surtout d’une question de vengeance personnelle. Le Gouverneur ayant été laissé pour mort, estropié, rendu cyclope, amputé du bras droit et asexué, il va sans dire qu’il est en colère ! Après le calme, la tempête ! (C’est fini j’arrête avec les adages.)
Comme dans la série, c’est avec une petite armée munie d’un tank que la communauté de Woodbury débarque devant la prison. Le Gouverneur a influencé ses troupes avec des mensonges, mais elles ne lui feront confiance jusqu’à une certaine limite… Ce huitième tome est un concentré d’action au rythme effréné, qui ne laisse pas place à l’ennui une seule seconde. On est d’autant plus content de retrouver des péripéties à foison, car le tome précédent était parfaitement dosé de calme, de sérénité (et un peu de guimauve). Les balles fusent, mitraillent la prison… causant de nombreuses pertes. On tourne les pages avec appréhension, craignant que notre personnage favori ne fasse partie des victimes de cette guerre. Robert Kirkman fait du ménage dans ses personnages, il sait se séparer d’eux quand ils ont fait assez de chemin, et c’est pourquoi je trouve que ce tome n’est pas simplement une boucherie gratuite qui tombe aléatoirement sur eux, certes chaque mort est injuste et cruelle, mais il fallait bien amoindrir le nombre des personnages pour constituer un cercle plus intime pour le reste de l’histoire. Le rapport du lecteur avec les personnages n’en devient que plus important, cela confère plus de valeur aux survivants… Que vont devenir « Ceux qui restent » ? J’ai hâte de lire le tome 9 pour le savoir !

Bilan du mois de juillet 2016

Un mois de juillet pas très folichon niveau lecture… Je n’ai lu que deux livres (l’un fait 700 pages, mais bon) ! Bien que ce ne soit pas la quantité qui compte, je dois dire que je ne me suis pas franchement éclatée ce mois-ci. Plongée dans la Corée du VIème siècle en pleine guerre, puis finalement décidée à finir le mois avec les voyages en Asie de Pierre Loti, qui se révèle être une personne franchement détestable, j’ai été confrontée à des lectures qui ne m’ont pas mis la banane, c’est sûr ! Mais bon, le voici quand même… :

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