Moderato cantabile de Marguerite Duras

Moderato cantabile4ème de couverture :

« Qu’est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ?
– Je ne sais pas. »
Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d’une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d’apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu’au paroxysme final.
« Quand même, dit Anne Desbaresdes, tu pourrais t’en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c’est facile. »

Mon humble avis :

Moderato cantabile de Marguerite Duras est un court roman d’un peu plus de cent pages durant lesquelles une femme, Anne Desbaresdes, suite à un fait divers qui s’est déroulé dans le café de la rue, va se retrouver connectée à ce drame, jusqu’à revenir tous les jours, huit soirs de suite, obsessionnellement, dans ce lieu où s’est joué un drame passionnel. Elle y fait la rencontre d’un homme, Chauvin, avec qui elle mène des conversations guidées par l’ivresse. Marguerite Duras ne raconte pas une histoire, mais donne à voir, entendre et sentir ce qui se trame dans la solitude d’Anne Desbaresdes ; récit dénudé, dépourvu des liens qu’établit le roman traditionnel entre l’action des personnages et leurs sens cachés, l’auteure élude, crée des vides pleins d’une intensité sans suggestions, dilate le temps et la perception. Moderato cantabile interpelle par l’esprit avec lequel sont mélangés êtres et choses, absences et présences, obscurité et clarté. Dans la technique originale de la romancière certains avaient cru y voir une « voie nouvelle » dans le « désert du roman » des années 50 (Claude Delmont), un effort pour renouveler le genre, mais j’ai davantage perçu l’écriture de Duras comme une volonté d’être au plus près de soi-même en prenant de la distance, dans un flottement des mots.

L’auteure rend palpable le malaise qui s’installe chez Anne Desbaresdes. Sa vie est un chant modéré que la mort d’une femme assassinée par son amant vient perturber. Pourquoi Anne Desbaresdes va-t-elle se recueillir presque religieusement sur ce lieu de mort ? Pourquoi va-t-elle s’enivrer de vin chaque soir, en tentant vainement d’élaborer de nouvelles hypothèses avec un employé de la fonderie d’en face ? Libre au lecteur d’interpréter un tel comportement, là ne réside pas l’intérêt du roman. On peut y voir l’expression certaine d’une solitude dans la mélancolie qui teinte le récit. Mais c’est surtout cette atmosphère étouffante nimbée de magnolias, étourdissante par le vin qui coule à flot, et assourdissante par le ressac continu de la mer environnante qui apporte du relief. Le lecteur reçoit des mirriades de sensations auditives et visuelles, qui se juxtaposent aux mots prononcés par les personnages, surprenants de sincérité, de laisser-aller, de l’imprévisibilité avec laquelle ils se dévoilent, sans avoir l’air de ne pas dire autre chose que le temps qu’il fait, et l’heure qu’il est. L’auteure ne nous prend pas par la main mais nous laisse dans le désert inepte de son roman : au lecteur de s’extraire de sa paresse, de s’interroger, et d’accepter l’absence d’indices. Le récit ne nous livre rien : « plein de son vide, sourd de son silence, il semble vouloir se dépasser vers un événement, une signification, une parole ; mais l’objet vers lequel il est tendu lui fait défaut » (Gaëtan Picon). Le langage prend de la distance avec la réalité dans la mesure où il ne s’approprie pas les choses, laisse les mots dans une possibilité d’être interchangés, puisqu’on ne sait pas ce qui doit être désigné. Cent pages de grâce, de flottement irréel à travers ces rencontres de café, où se confessent deux inconnus égarés sans que l’on puisse filtrer leurs desseins. Je regrette seulement qu’on ne sente pas le tempérament de l’auteure qui sait si bien se manifester par des éclats de génie. Néanmoins, cette absence confère au roman une pureté, une neutralité qui laisse une immense marge à la rêverie.

Moderato cantabile est donc un roman qui renferme la solitude de deux êtres, une difficulté d’être dans une vie où l’on se sent étranger. Du moins est-ce ce que j’y ai vu : le malaise d’une femme qui contemple un acte de passion quand cette dernière lui est inconnue, épanche cet indicible désir dans l’ivresse du soir. Mais c’est avant tout une mise en valeur du langage à travers la désinhibition qui succède à l’ivresse, et permet de transcender l’apparente banalité de ce qui ne semblaient être que de simples conversations de comptoir.

J’entends ta voix de Kim Young-ha

J'entends ta voix

4ème de couverture :

Enfant abandonné des hommes, né dans les toilettes d’une gare, Jeï découvre très tôt qu’il est doué de la même capacité que ces appareils créés par l’homme qu’on appelle des capteurs, sauf que lui possède le don de capter, de sentir la souffrance des autres, objets, animaux ou humains. A quinze ans, vagabond dans les rues de Séoul, il s’invente un mode de vie proche de l’ascèse, se nourrissant de riz cru, lisant des livres trouvés parmi les ordures, et devient le leader d’une bande de motards. Ces motards organisent des courses illégales en plein Séoul, faisant entendre leur colère dans le vacarme de leurs pots débridés, sans casque, bravant la mort et la police, jusqu’à cette course ultime, la plus grandiose, la plus folle jamais menée, où Jeï entre dans la légende.
Dans le monde de Kim Young-ha, il n’y a ni bien ni mal, mais des émotions humaines portées à l’incandescence par les tensions sociales. « Ces jeunes existent partout mais personne ne leur tend l’oreille. Comment les transformer en voix ? Comment traduire ces voix de façon que nous puissions les entendre et nous souvenir d’eux longtemps ? Telles sont les questions auxquelles je pense. »

Mon humble avis :

J’entends ta voix de Kim Young-ha est le troisième roman coréen que je découvre suite à mes achats au Salon du Livre de Paris. Surprise par l’univers sordide de Hwang Sok-yong, dans lequel évoluent des personnages dans un monde désenchanté, et meurent tantôt de froid dans la forêt, tantôt de faim dans une déchetterie, je découvre que ce pessimisme n’est pas qu’un fait de l’auteur mais peut-être de la littérature coréenne en général, puisque l’esprit reste le même… J’entends ta voix débute sur une naissance dans les toilettes d’une gare, suivie d’un infanticide avorté : ça ne s’annonce pas festif, une fois de plus. Kim Young-ha relate la destinée de Jeï, adolescent sans famille, qui grandit avec une mère adoptive alcoolique, puis seul dans un soul-sol, ensuite dans un foyer d’accueil, avant de finir dans la rue. Le mystérieux Jeï devient le leader d’un groupe de motards qui sévit dans les rues de Séoul. Porte-parole d’une jeunesse exploitée et livrée à elle-même, l’auteur dépeint un héros entouré d’une aura mystérieuse, véritable martyr censé capter la souffrance des autres comme un thermomètre la température. Un livre qui promettait philosophie et action avec de grosses bécanes mais qui retombe comme un soufflé lancé du septième étage.

Un héros charismatique sans discours
Jeï est un jeune marginal qui vit dans le dénuement le plus total, poursuit un train de vie « ascétique » qui tourne autour de trois grains de riz en guise de repas et des livres récupérés dans les poubelles en guise d’éducation. Comme un héros tragique, banni de la société des hommes, Jeï est d’abord un pré-adolescent vu à travers les yeux de son ami Dong-kyu. Ce dernier est atteint d’un mutisme et Jeï parle à sa place en devinant ses pensées, car il apparaît doué pour interpréter les âmes humaines. Percer la souffrance des autres, être doté d’une empathie sans limite, après tout, pourquoi pas ? Je n’y ai pourtant pas cru une seconde même si cela partait d’une bonne idée. Le fait qu’il aide son ami à communiquer met en évidence le lien invisible qui unit les deux personnages mais quand, à la manière d’un « capteur », Jeï arrive à transporter son âme dans le corps d’un chien affamé, puis d’un scooter renversé sur le bord de la route pour ressentir la souffrance qui les habite… Jeï est en effet comparé à ces appareils technologiques qui peuvent mesurer toutes sortes de paramètres ; mais lui peut capter l’imperceptible. Un don hérité sans doute des conditions misérables dans lesquelles il est venu au monde. Je m’attendais donc à suivre l’histoire d’un homme aux prises avec son destin maudit mais qui, grâce à son don d’empathie absolue, arrive à faire le bien autour de lui, dans un idéal pacifiste… La première partie du roman se situe durant son enfance, où on ne sait que très peu de choses de lui – du moins pertinentes – puisque Dong-kyu est en admiration béate devant cet ami différent des autres. Quand leurs chemins se séparent à l’adolescence, Jeï part vivre dans la rue où il accepte de devenir l’« esclave » d’une bande de jeunes pour partager leur logement. Et le héros n’en finit pas de conneries, puisque lui si différent, si sensible à la souffrance des autres, restera inactif lorsque trois jeunes violeront une fille dans la pièce d’à-côté, après que celle-ci ait été brûlée avec les mégots de cigarettes de ses « copines ». (Un jour il va se dire que quand même ils ont poussé le bouchon un peu trop loin et il va casser une bouteille de bière sur l’un des mecs, mais sans rancune, ils redeviendront copains par la suite.) Une violence exacerbée d’une gratuité totale, qui veut mettre en avant la détresse de ces jeunes dévergondés qui se prostituent le jour et font des orgies toute la nuit. Un misérabilisme sordide et cru qui met mal à l’aise, qui tourne à la cruauté pure quand Jeï squatte finalement dans un appart appartenant à une handicapée ligotée et torturée sur une chaise par d’autres jeunes qui vivent de ses allocations. Notre héros y séjourne quelques temps, finit par libérer la captive, puis en attache une autre à sa place, pour la punir de sa méchanceté (la logique est déjà partie loin). J’étais dégoûtée de ces passages qui déresponsabilisent une jeunesse ignorée qui, manifestement, n’a pas d’autre alternative que de sombrer dans le viol et la torture.
Car ce Jeï, décrit comme « différent » par tout le monde, bien qu’on ne sache jamais vraiment ce qui le distingue des autres, à part le fait qu’il ne bouffe que trois grains de riz par jour, pourtant, ce Jeï, clodo charismatique qui rassemble les jeunes pas contents, va être comparé à différentes figures emblématiques tel que Siddartha, Malcolm X, puis, des témoins diront qu’il est monté au ciel avec des ailes, comme un ange. Sans parler de son allure christique. « Quelques catholiques prétendirent que c’était la Vierge qui était apparue pour l’Assomption. » Sérieusement ?

Des voix inaudibles
L’auteur révèle dans l’épilogue au sujet de la rédaction de son livre : « Bizarrement, sans pouvoir dire pourquoi, j’éprouvais une sorte de malaise. Tout ce qui comptait était d’écrire chaque jour la quantité déterminée et je continuais en réprimant le doute qui s’insinuait en moi. » Son manuscrit est ainsi resté un an dans un tiroir. (Et pourquoi ne pas l’y avoir laissé ?) Ces tâtonnements se sentent. Par petits chapitres, le livre est découpé non pas vis-à-vis d’une logique narrative, mais selon les « quantités déterminées » quotidiennes que se fixait le romancier à écrire. Le récit avance à l’aveugle, sans fil conducteur, insiste sur des points qui n’ont rien à voir avec l’histoire, comme l’homosexualité refoulée de l’agent de police Seung-tae, quand le narrateur va jusqu’à remonter à son enfance… D’ailleurs, le narrateur n’est pas toujours identifiable : tantôt il s’agit de Dong-kyu, tantôt d’un narrateur omniscient. Le roman accumule aussi un problème de rythme, toute la fin sur la stratégie des policiers pour arrêter les motards est interminable et fastidieuse. Kim Young-ha torture qui plus est la comparaison et ose des analogies peu convaincantes dignes d’un collégien. De même les dialogues – à moins que ce ne soit un problème de traduction – sont mal écrits. Par exemple, pour montrer l’irrévérence et en même temps l’influence de la culture américaine sur une jeune de la rue, « Sweat-Shirt », le langage devient caricatural en plus de sonner faux : « « Shut up s’il te plaît, putain ! » » Les gros mots sont utilisés sans modération, créant même des scènes absurdes, comme lorsque Mok-ran, la seule fille de la bande, déclare son amour à Dong-kyu : « « En fait, c’est toi que j’aime. » Elle ne marqua aucune surprise et enchaîna comme pour me consoler : « Mais tu sais très bien que je ne suis qu’une grosse pute. » »
Du reste, la précarité de la jeunesse qui ne trouve pas sa place dans le système très policé de la Corée était un sujet qui avait du potentiel. La révolte de ces jeunes motards bravant la mort en pétaradant dans les rues de Séoul, fous de rage contre leurs boulots qui les aliènent, me fait penser aux combattants clandestins du Fight Club (on a d’ailleurs une référence à Jekyll et Hyde). Allant jusqu’à une violence extrême pour créer une sorte de micro société plus juste, les ados de Kim Young-ha se donnent des points de départ secrets dans la ville, pour faire entendre le bourdonnement assourdissant de leurs moteurs. « En bombant le torse, les jeunes mâles affichent leur courage, qu’ils prouvent en narguant la mort. Mais leur immaturité empêchait ceux-là de faire la différence entre simple bravade et folie totale. Complètement cinglé, Jeï les dominait tous. » Ils apparaissent comme un vil troupeau de moutons suivant leur berger-gourou Jeï, un mec inconnu qui ne se lave pas, mais qui a l’aura du Bouddha.

Grande déception donc pour J’entends ta voix, hommage raté à une petite partie de la jeunesse coréenne, qui se perd dans une violence obscène pour un propos bien faible. La narration est lacunaire, mais le pire est sans nul doute de faire reposer l’intrigue sur un gourou en carton tout auréolé de mystère camouflant sa vacuité. Le roman tourne vite au ridicule en entourant le héros d’une légende qu’aucun élément ne vient justifier. Hélas, c’est le seul livre que j’ai eu l’occasion de faire dédicacer, et à ce jour ma pire lecture de l’année.

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Bye Bye Blondie de Virginie Despentes

Bye Bye Blondie

4ème de couverture :

« Une fille qu’on rencontre en HP n’est pas une fille qui rend heureux. Il voulait jouer contre le reste du monde, avoir raison contre toutes les évidences,
il pensait que c’était ça l’amour. Il voulait prendre ce risque, avec elle, et qu’ils arrivent sur l’autre rive, sains et saufs. Mais ils réussissent juste à s’entraîner au fond. Il est temps de renoncer… »
Gloria a été internée en hôpital psychiatrique. Contre toute attente, la punkette « prolo » y a rencontré Éric, un fils de bourgeois aussi infréquentable qu’elle ; ils se sont aimés comme on s’aime à seize ans. Puis la vie, autant que les contraintes sociales, les a séparés. Vingt ans après, à nouveau, leurs chemins se croisent.
Portrait d’une femme blessée aux prises avec ses démons, traversée des années punk, chronique d’un amour naufragé, Bye Bye Blondie est sans doute le livre le plus émouvant de Virginie Despentes.

Mon humble avis :

Bye Bye Blondie est le premier roman que je lis de Virginie Despentes. Connue pour ses fresques de personnages désabusés et son écriture trashouille, ainsi que pour ses antécédents chaotiques, l’auteure nous livre ici une histoire d’amour et de rage, en partie inspirée de sa jeunesse. Gloria est une ancienne punk des années 80 qui, amochée par toutes ses ruptures amoureuses à cause d’une instabilité agressive, arrive à l’approche de la quarantaine, à la dérive. C’est lors d’une déambulation dans les rues de Nancy, sous la pluie, qu’elle va retrouver une vieille connaissance à elle, Éric. Présentateur phare d’une célèbre émission télévisée, menant une vie diamétralement opposée à celle de Gloria l’« érémiste », celui-ci avait connu la punkette en hôpital psychiatrique. Rien ne laisse à penser qu’ils ont jamais partagé une expérience extraordinaire, jusqu’à ce qu’un flash-back nous ramène vingt ans en arrière.

Une romance derrière la décadence

Despentes

Virginie Despentes © Grasset

Gloria est le personnage principal du roman, qui s’ouvre sur cette femme révoltée et perdue, pleurant dans les rues de Nancy sans savoir trop où aller après l’ultime dispute avec son compagnon. On rencontre ses amis du bar le Royal, où elle vient pour boire et oublier mais aussi pour retrouver ses potes de toujours, habitués à ses déboires sentimentaux. Elle peut compter sur leur générosité pour trouver où dormir quand ce genre de choses arrive. D’emblée, tout semble déjà partir à vau-l’eau… Elle croise la route d’Éric au sens propre puisque celui-ci manque de la renverser avec sa voiture. Peu décidée à le revoir, celle-ci confie à ses amis l’avoir fréquenté durant sa jeunesse, sans plus de détails. Mais, malgré elle, la machine des souvenirs va s’enclencher…
Alors, Gloria est une adolescente rebelle, fille unique étriquée par une ambiance familiale qui la pousse à commettre des crises de nerf. Enfermée en HP par ses parents, elle fait la connaissance d’Éric. Se liant d’amitié, ils discutent groupes de musique et fument en cachette. Pas de coup de foudre, ni de romance guimauve entre ces murs blancs mais une Gloria qui tente de survivre et s’accroche, sans s’en rendre compte, à cette bouée qu’est Éric dans ce grand naufrage. La sortie inattendue de ce dernier – qui se faisait passer pour amnésique – laisse une Gloria seule avec ses rêves, sentimentaux et érotiques. Despentes laisse entrevoir une autre facette de son personnage, qui semble sur le point de s’épanouir enfin, trouvant un équilibre. Mais cela est sans compter sur Gloria, insaisissable, révoltée et profondément – intrinsèquement ? – instable. Cependant il ne faut pas se méprendre : on n’est pas dans le cliché de la fille qui-veut-pas-s’attacher-parce-que-l’amour-c’est-pour-les-fragiles. D’ailleurs, rien n’est aussi simple puisque les deux adolescents se reverront lors d’une scène de baston entre skinheads et punks, chacun dans un clan différent. L’auteure replonge dans les souvenirs de son héroïne d’une façon magistrale, teintée d’un peu de nostalgie, à l’heure où le couple fugue, se voue à une existence marginale, trépidante de dangers, ils s’exilent à Paris où ils font la manche et les pires conneries tels des Bonnie and Clyde punk rock anarcho. Une sorte de poursuite vers la liberté, sans issue et sublime. Virginie Despentes n’écrit pas l’histoire de deux jeunes que tout oppose en apparence mais qui fusionnent dans une même lutte : ils n’ont pas les mêmes points de vue, leurs divergences les opposera souvent mais c’est avant tout un même besoin commun qui les unie, comme un attachement presque animal l’un envers l’autre.

Je regrette seulement quelques petits éléments qui font « grains de sable » dans la matière brute qu’est Bye Bye Blondie, comme la destinée d’Éric devenu connu et qui n’a vraiment pas les caractéristiques du présentateur populaire chouchou de la ménagère (il est plus Ardisson que Jean-Luc Reichmann si vous voulez), la facilité avec laquelle Gloria écrit son scénario et le conte de fées désenchanté quand elle en perd les droits et le voit adapter au cinéma (avec une rapidité étonnante), vilains bourgeois qui lui piquent même ce qu’elle a fait de mieux de toute sa vie.

Vivre libre ou mourir

Virginie Despentes jeune

Virginie Despentes jeune (Source : souslesjupes.net)

Faut-il renoncer pour rentrer dans le moule ? Virginie Despentes accorde beaucoup d’importance au problème du renoncement dans Bye Bye Blondie. Au-delà du simple fait qu’il est évident que Gloria, punkette fan de groupes comme les Bérurier Noir, s’inscrit dans la classe des « marginaux », son attitude antisociale laisse transparaître plus que les habituelles revendications contre le capitalisme, la domination des élites bourgeoises sur la société que l’on pourrait s’attendre à trouver dans une telle œuvre. La psychologie malsaine de Gloria – dangereuse pour elle et pour les autres –, insiste en fait sur la nécessité d’être soi-même dans une société qui tend à nous imposer des codes, des règles de conduite. C’est dans l’excessif rejet de toute contrainte et dans l’abus d’alcool et de drogues que l’héroïne (sans faire de jeu de mots) a l’impression d’accéder à la liberté. Et, bien que ce ne soit pas un exemple de conduite à suivre, Virginie Despentes insuffle un vent d’absolu, d’émancipation ; l’indépendance d’une jeunesse qui veut, aussi, se libérer des exigences familiales, décider de son futur par elle-même. Dans cette décadence, il y a des vérités qui apparaissent, comme si la souffrance conférait à Gloria le pouvoir de voir les côtés absurdes d’une société (comme la folie qui empare les pauvres gens en présence d’une vedette de la télé, attitude qui représente la vacuité de certaines existences humaines…). En cela Bye Bye Blondie n’est pas qu’une romance puisque le couple représente aussi deux catégories de personnes : ceux qui sont prêts à faire des compromis pour rentrer dans le moule (Éric) et s’assurer une situation plus confortable, et ceux qui conservent leur hostilité, le refus de s’adapter (Gloria). Pour la protagoniste, le tout est de savoir s’il est possible de survivre, si ce n’est dans la société, au moins en amour, sans se sacrifier pour l’autre…

Selon moi, ce sixième roman de Despentes est avant tout une histoire d’amour, entre deux êtres cabossés par la vie, qui se retrouvent par hasard et tentent une deuxième chance, se confrontent l’un à l’autre, en essayant cette fois de ne pas « s’entraîner au fond ». Y cohabite aussi un débat social, comme dans tous les romans de l’auteure, bien amené, subtilement. Bye Bye Blondie est un roman sur le renoncement, faut-il dire bye bye à sa vraie nature pour rentrer dans le moule ? Sauvage, Gloria est aussi une héroïne qui doit faire face à ses démons, peut-être même se sacrifier pour l’autre, pour que leur histoire fonctionne. Un récit très émouvant et sincère, alternant entre la rage et l’humour, dans une écriture magique de fluidité et de simplicité.

Post-scriptum

Après avoir lu le livre, j’étais curieuse de découvrir l’adaptation qui en a été fait (disponible sur Netflix). Béatrice Dalle joue le rôle de Gloria adulte, tandis que Soko l’interprète adolescente. Éric a disparu au profit de Frances, jouée par Emmanuelle Béart et Clara Ponsot. Pour faire bref : j’ai été énormément déçue. Pour moi ce film ne reflète en rien le roman – il faut bien qu’il s’en détache, me direz vous, et c’est sûr, mais au-delà des différences entre le scénario et le roman c’est avant tout l’atmosphère de Despentes que je n’ai pas retrouvée. Alors que son livre nous fait vraiment voyager dans les années 80 avec la bande violente de Gloria, j’ai trouvé le film assez plat de ce côté-là, tout en reconstitutions ratées. J’aime bien Soko en tant que chanteuse et ce n’était pas une mauvaise idée que de la choisir, mais je trouve qu’elle a beaucoup trop d’innocence en elle, je n’y ai pas cru. Béatrice Dalle est très bien en tant que Gloria adulte, mais elle ne sauve pas cette partie du film, la partie années 2000. Alors qu’il y avait de vraies difficultés très profondes à surmonter dans le roman, ici les deux femmes retombent en un clin d’œil amantes et leurs querelles tournent uniquement autour de l’argent de Frances. Concernant le mari de Frances je ne vois simplement pas ce qu’il foutait là. Bref, l’ensemble est mal ficelé, vide, incohérent, digne d’un téléfilm pour M6. Quand j’ai appris que c’était l’auteure en question qui avait réalisé cette daube au générique de fin j’ai failli défaillir. Donc si j’ai un précieux conseil à vous donner ce serait : lisez le roman, passez votre chemin sur le film. Je laisse quand même la bande-annonce pour les curieux ! 🙂

Walking Dead, Tome 7 : Dans l’œil du cyclone de Robert Kirkman et Charlie Adlard

Walking Dead #7

4ème de couverture :

Rick et ses compagnons ont pu échapper aux griffes du Gouverneur, le leader psychopathe de la communauté de Woodbury, située aux environs du pénitencier. Un calme relatif semble être retombé sur la petite communauté et, comme un signe d’apaisement, Rick et Lori se préparent à accueillir un heureux événement. Les liens se renforcent, les tensions s’apaisent, la vigilance baisse… C’est le moment que choisit l’horreur pour frapper à nouveau !

Œuvre fondatrice du genre en bande dessinée, Walking Dead s’impose par sa qualité d’écriture et son attention portée aux relations entre les personnages de cette incroyable aventure humaine. En effet, au-delà des scènes où apparaît la menace des morts-vivants, les auteurs nous entraînent dans un récit où la survie est l’affaire de tous les instants, et où la moindre erreur peut s’avérer fatale…

Mon humble avis :

Dans ce septième tome, l’heure est venue pour Rick et ses compagnons de retrouver un semblant de calme. Réfugiés dans l’enceinte de la prison, ils doivent faire face à deux difficultés : s’approvisionner en armes au cas où ils devraient se défendre des représailles du Gouverneur, car, celui-ci, sans aucun doute, survivra aux blessures que lui a infligé Michonne, mais ils doivent aussi prendre en charge Lori qui est sur le point d’accoucher – par chance ils ont récemment accueilli une jeune infirmière de Woodbury, Alice. Ce tome est un tome « reposant », comparé aux deux précédents, il permet aux personnages de faire le bilan de leurs conditions de vie jusqu’ici, de leur vie de couple – en témoignent ce mariage improvisé de Glenn et Maggie, la jalousie de Dale –, des choses qu’ils leur restent à améliorer, tout en tirant parfois de belles leçons d’optimisme, tel ce personnage devenu unijambiste : « Tu peux être en colère pour avoir perdu un pied et failli mourir… Ou être content de n’avoir perdu qu’un pied et d’avoir survécu. Je préfère positiver. » Bref, il ne faut pas s’attendre non plus à ce que tout le monde reste sain et sauf, le repos est relatif, puisque même lorsque aucune horde de zombies ne les attaque, ni l’armée du Gouverneur, ils trouvent le moyen de se faire bouffer le pied par mégarde, et même, pour la plus désespérée d’entre eux, ce sera l’occasion de se suicider de la manière la plus atroce possible. J’ai apprécié que l’intrigue se pose un peu car cela paraît plus réaliste. Comme dans la saison 3 de la série télévisée, il faut bien accorder des moments de répit à ces pauvres survivants, néanmoins si je trouvais cela trop long dans la série, j’ai bien l’impression que le comics lui ne va pas trop s’éterniser à l’intérieur du pénitencier, à écouter les personnages ressasser leurs malheurs indéfiniment.
La fin de ce tome est prévisible, mais dans le bon sens du terme, car je sais pas vous, mais moi j’avais hâte d’entendre parler à nouveau du Gouverneur ! Heureusement que Rick et les autres ont fait le plein de munitions à la garde nationale, parce que le tome 8 promet d’être explosif…

Walking Dead, Tome 6 : Vengeance de Robert Kirkman et Charlie Adlard

Walking Dead #6

4ème de couverture :

Rick, Michonne et Glenn sont désormais captifs du Gouverneur, leader charismatique de la petite communauté de Woodbury. Et chaque heure qui passe les éloigne un peu plus de la certitude de revoir leurs proches, restés à l’abri derrière les grilles du pénitencier. Mutilés et terrorisés, les prisonniers découvrent la personnalité déséquilibrée de leur tortionnaire, adepte de jeux du cirque d’un genre nouveau…

Œuvre fondatrice du genre en bande dessinée, Walking Dead s’impose par sa qualité d’écriture et son attention portée aux relations entre les personnages de cette incroyable aventure humaine. En effet, au-delà des scènes où apparaît la menace des morts-vivants, les auteurs nous entraînent dans un récit où la survie est l’affaire de tous les instants, et où la moindre erreur peut s’avérer fatale…

Mon humble avis :

Après avoir trouvé un refuge digne de ce nom dans un ancien pénitencier, on a pu voir dans le tome 6 Rick, Michonne et Glenn s’aventurer dans la forêt et faire la rencontre du Gouverneur et de sa communauté. Cette rencontre tourne vite au vinaigre lorsque les trois amis sont faits captifs par ce dangereux psychopathe. J’ai particulièrement aimé ce tome-ci, dans lequel on a un aperçu des dérives qui entraînent Woodbury dans une cruauté exacerbée et animale (où il fait si bon vivre que le soir, parfois, on peut emmener ses enfants au stade, voir un combat à mort entre deux membres de la communauté encerclés de rôdeurs, et parier sur le premier qui se fera bouffer… après tout, quoi de plus normal !), un enfer derrière une apparence de sécurité et de bienveillance des uns pour les autres. Quand Rick et ses amis tentent de conserver leur humanité, le chaos et la barbarie du Gouverneur éclairent la difficulté de s’accrocher à de nouvelles valeurs, puisque celles du monde tel qu’il était avant ne sont plus valables. Michonne a subi les pires tortures et décide de se venger. Elle apparaît particulièrement courageuse, et en même temps d’une violence inouïe, et l’on commence à comprendre que tous chavirent lentement mais sûrement vers une autre version d’eux-mêmes, et pas très glorieuse…
En effet je trouve ce comics meilleur que le précédent, dans la mesure où les personnages commencent à comprendre que, dans cet univers de mort ce ne sont peut-être pas les rôdeurs leurs pires ennemis, mais peut-être bien les vivants… ! Ils vont devoir lutter contre leur propre instinct, et se protéger contre ce que l’égoïsme et la survie vont pousser d’autres à faire… Un premier affrontement de choc qui promet beaucoup d’action, j’ai hâte de lire la suite !

Bilan du mois de mai 2016

Commencer son blog littéraire au moi de mai, quand on est en Terminale, à première vue, comme ça, ça ne ressemble pas à une bonne idée. Parce que commencer un blog demande du travail, mais le bac aussi ! En tout cas, je l’ai créé une bonne fois pour toutes, certes peut-être pas à la période où je peux être la plus active, mais au moins je me suis lancée, et c’est fait. Alors entre cours et révisions, j’ai tenté de poser mes bagages sur la blogosphère et de m’y installer petit à petit. J’ai lu jusqu’à la mi-mai pour avoir un minimum de contenu à présenter ; puis je me suis totalement coupée des livres pour être plus concentrée sur mes révisions. Personne, sans doute, ne lira ses lignes car le blog est toujours en construction, mais j’ai tout de même réussi à lire 3 livres ce mois-ci (dont un de six-cents pages tout de même), donc j’ai de quoi poster mon :Bilan du mois de mai 2016.png